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« Et bien, maintenant, dansez ». Oui, Latin Jazz va résoudre les humeurs noires de la cigale dans les froidures de l’hiver. Ce n’est qu’une compil’, dirait Claude Carrière, président d’honneur de l’Académie du Jazz et responsable du choix des titres historiques du premier CD de cette sélection qui en compte deux ; charge à Fred Migeon d'ordonner les plages du second, toutes tirées du catalogue de Cristal Records. Mais quelle compil’ que celle-ci qui fête le mariage du jazz avec la salsa, la rumba, le boléro, le tango, la bossa nova et la musique populaire brésilienne !

Le premier CD, que l’on pourrait cataloguer de «  canal historique », s’ouvre, et ce n’est que justice pour donner le « la » de l’affaire, sur « Manteca », le thème signature du Big Band de Dizzy Gillespie dont la déflagration sonore be–bop fit la révolution salle Pleyel en 1949 et qui maintient son énergie incandescente malgré le temps qui passe comme d’ailleurs «  Rumba en swing » de Chano Pozo, qui fut le percussionniste cubain de Dizzy. Toujours dans la veine cubaine aux accents Be-Bop, il est impératif de revenir ou de découvrir si ce n’est déjà fait, de la plume et sous la direction musicale et les arrangements de Chico O’Farrill, la fantastique «  Afro-Cuban Jazz Suite » par Machito & His Afro-cuban Orchestra ; dans cette « Suite » de plus de 17 minutes, les envolées de Charlie Parker donnent crédit à son surnom de « Bird ».

Si la première incursion cubaine sur une scène à New York, en 1930, revient à Don Azpiazu & His Havana Casino Orchestra, avec Antonio Machin comme chanteur sur «  El Manisero », la version de Louis Armstrong , connue sous le titre de «  The Peanut Vendor », donnée ici reste une des références incontournables (et qui donne une pêche d’enfer avec son swing et son humour latent!) de cette composition de Moises Simmons. Comment détourner le pathos du boléro si ce n’est avec l’humour ravageur de l’argentin Oscar Aleman sur la scie musicale qu’était déjà devenue «  Besame Mucho » de Consuela Velquez : sur un tapis musical à la manière de Django/ Hot Club de France, il dérive peu à peu vers une gouaille que n’aurait pas dénigré le tandem Boris Vian/ Henri Salvador.

Les plages aux couleurs brésiliennes du second CD m’ont en revanche laissé de marbre alors que celles renvoyant à la salsa ( « Baila Plena » du Spirit Of Life Ensemble ; «  Afrodisia » tiré de l’album Tribute To Mother Of Groove de Philippe Combelle), au flamenco ( « Andalousia » du sax Pierre Bertrand assisté du guitariste Louis Winsberg ; «  Tu Palabra » de David Reinhardt avec Antonio El Titi et Costel Nicolescu au violon) et au tango ( « Tango » tiré de l’album Lékéré du trompettiste Nicolas Genest où Nini Flores est au bandonéon) m’ont apporté les doses d’adrénaline et de mélancolie qui collent à ces musiques. On notera sur plusieurs plages et en des contextes divers la présence de l’excellent percussionniste Minino Garay ainsi que les beaux solos de Fabien Mary (tp) sur «  Cajon Negro » au sein du Paris Jazz Big Band de Nicolas Folmer et Pierre Bertrand.

Philippe Lesage

Latin Jazz, Cristal Records, 2016, sélectionné par Claude Carrière et Fred Migeon

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