«  J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie » : c’était la première phrase d’Aden Arabie, le premier livre de Paul Nizan, alors juste diplômé de Normal’ Sup’. Vérité sur le moment, vécue différemment par la mémoire des décennies plus tard et il m’étonnerait que les musiciens de TROC me contredisent aujourd’hui.

André Ceccarelli, Alex Ligertwood, Jannick Top, Henri Giordano et Jacky Giraudo ne devaient pas avoir beaucoup plus de vingt lorsqu’ils enregistrèrent leur premier disque en 1972 pour CY Records en une période faste pour une musique qui fusionnait le rock, le blues, le R&B avec le jazz. C’était le temps de Van Morrison, du Jack Bruce chanteur et bassiste de Cream (sa voix m’ébranle toujours), de Stevie Wonder mais c’était aussi celui de Herbie Hancock et de Weather Report en partance vers ce qui a été catalogué comme jazz fusion, un temps où fée électricité imposait sa présence. TROC n’obtiendra jamais la notoriété de Magma (qu’avait vite rejoint Jannick Top) mais il aura laissé de si bons souvenirs à ses membres fondateurs, et à un certain public, qu’en 2011 ils ont décidé de remettre la balle en jeu. Universal lancera donc un disque avec une formation rénovée, Amaury Filliard (guitare électrique) et Julian Olivier Mazzariello (piano électrique) rejoignant les trois fondateurs que sont André Ceccarelli ( batterie), Jannick Top ( basse électrique ) et Alex Ligertwood ( vocal).

Crosstalk, le plus récent opus de la formation, enregistré de novembre 2012 à ces derniers mois, possède la même énergie, la même urgence, le même sens mélodique qu’auparavant d’autant que la patine du son si spécifique des guitares et pianos électriques des années 1970 reste comme un parfum d’époque. Le drumming inventif d’André Ceccarelli, toujours aussi époustouflant de musicalité, propulse le tout comme les interventions de Jannick Top (le solo de basse dans «Before Is After » n’est pas sans rappeler que Jaco Pastorius fut le maître étalon de tous les bassistes de cette génération). Et sans la voix gorgée de soul d’Alex Ligertwood (ce n’est pas sans raison qu’il fut le chanteur de Santana pendant plus d’une décade ; il est très émouvant sur la magnifique ballade «  Louisiana Color ») qui est bien un digne représentant de ces chanteurs british des classes populaires tombés dans les rets de la note bleue et qui donnaient le sentiment d’avoir des choses essentielles à dire, avec leur âme et leurs tripes, le plaisir pris à l’écoute de Crosstalk ne serait pas aussi intense. La nostalgie dure longtemps comme disait Simone.

Philippe Lesage

Troc, Crosstalk, JustLooking Productions/ Harmonia Mundi, 2015

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