Les bleus du ciel aperçus dans les tableaux de Matisse, les diffractions de couleurs sur la Montagne Sainte Victoire peintes par Cézanne, on les retrouve dans Lendemains Prometteurs, un disque de vieux copains qui baigne dans une luminosité méditerranéenne. Normal, les copains en question, c’est le pianiste, maître d’œuvre et signataire de toutes les compositions, Christian Gaubert, et Jannick Top à la guitare basse, tous deux Marseillais et le batteur niçois André Ceccarelli. Au passage, on relèvera qu’il s’agit, ni plus ni moins, de la rythmique de TROC, une des plus belles machines de groove en France. On pourrait aussi se laisser aller à dire que le bonheur du chant caractéristique de la péninsule italienne si proche est venu les titiller. Tout ici chante,et pas seulement les accents de ces messieurs: les notes perlées du piano, les virevoltes de la batterie, la rondeur des notes de la guitare basse. Tout ici chante, avec élégance et une once de pudeur. Christian Gaubert ne précise-t’il pas dans les interviews qu’il accorde, qu’il a toujours chanté des mélodies en s’accompagnant au piano et qu’il y a toujours une part d’improvisation dans le fait de composer.

Christian Gaubert est un personnage qui compte dans notre vie musicale même si son nom n’est pas sur toutes les lèvres. Né en 1944, il est d’abord un compositeur de musiques de films (« Edith et Marcel », les séries « Nestor Burma »…), proche de Francis Lai pour qui il signera les orchestrations d’une cinquantaine de musiques de film. Il est aussi auteur de chansons (pour Nicole Croisille, Céline Dion, Guy Marchand ; il a eu Mort Schuman pour partenaire) et arrangeur (il a, entre autres, signé l’arrangement de « Vieille Canaille » pour la version en duo de Gainsbourg et Eddy Mitchell). Cela, c’est son quotidien éminemment respectable. Qui peut, parfois, donner des envies d’Ailleurs.

Avec Ligne Sud , dans Lendemains prometteurs , il ne perd pas le nord : il sort de son ordinaire, fait valoir des versions nerveuses qui se moulent dans une tradition jazz très groove qui renvoie aux années 1960/ 1970 ( « Inspiration Ethnique », «  Humeur Changeante »…), s’octroie deux longues plages en solo sans maniérisme ( « Ilien », « Mare Nostrum »), invite Thomas Savy, toujours aussi fin au saxophone soprano et à la clarinette basse ( «  Mouvement Obsédant », «  Valse indansable ») et le trompettiste Christophe Leloil ( phrasé délié, beau son bien rond). Au final, une musique très visuelle avec des mélodies qui trottent dans la tête. Seul message : Go West !

Philippe Lesage

Ligne Sud, Lendemains Prometteurs, Cristal Records, février 2016

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