Quand un trompettiste sarde et un accordéoniste niçois rencontrent un pianiste suédois, de quoi parlent-ils ? De Monteverdi, d’Erik Satie, de l’aurore, de musiques paysannes suédoises, du livre d’un père sarde et du silence bleu. Comme quoi il n’y a pas de frontières géographiques et temporelles quand on se baigne dans la même mer. Mare Nostrum II signe des retrouvailles, dix ans après, et c’est toujours la même fraîcheur, celle d’un jazz de chambre sophistiqué qui s’encanaille de comptines, qui prend le temps de respirer, qui s’adonne à une rêverie apaisée afin d’étouffer les inquiétudes qui sont le lot commun des hommes.

On se laisse porter par les entrelacements des lignes et par ce mariage inusitée de timbres où piano, accordéon/bandonéon/accordina et trompette/ bugle sont avant tout des voix qui s’épanouissent dans le chant très méditerranéen de mélodies simples, et se gravent facilement dans nos mémoires. Nullement éthérée mais loin de certaines stridences des « nouvelles musiques » européennes, la musique se déploie en un même climat - d’autant que les trois plumes semblent tremper dans le même encrier d’encre bleue. « Giselle » de Richard Galliano – au bandonéon -, « E Varie Notti Tre Vie Notai » de Paolo Fresu et « Blue Silence » de Jan Lundgren sont de pudiques rêveries.

Nos trois musiciens sont allés faire une virée vers Monteverdi (« Si Dolce è Il Tormento » ; arrangement de Paolo Fresu) et vers Erik Satie dont ils reprennent « Gnossienne N°1 » (arrangement de Galliano) en une lecture très personnelle un peu déstructurée qui ne dévoie pas la pensée du maître tout en s’inscrivant bien dans le roman mental du disque.

Philippe Lesage

Paolo Fresu, Richard Galliano, Jan Lundgren, Mare Nostrum II, Act Records, 2016

 

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