Pour être on ne peut plus clair, je n'ai pas aimé cet album. Mais je veux dire de suite à quel point cela n'a aucune espèce d'importance, car si je n'ai pas aimé, c'est pour ces choix esthétiques qui jusqu'aujourd'hui ne m'ont jamais séduits et dont le communiqué de presse se fait forcément l'écho : « pop psychédélique, afro rock : Pierrick Pédron repousse les frontières du jazz et invente le groove du futur ».  Pour être on ne peut plus clair: ce n'est pas trop ma came de zik.

Aucune importance, mon petit avis, car pour n'avoir pas aimé je fus de bout en bout impressionné par ce dernier opus du saxophoniste, dans une formation orchestrale incroyablement maîtrisée. Nouvelle étape dans un itinéraire singulier, poreux, ouvert à toutes les influences qui parviennent de Monk aux Cure à toujours revenir à Pédron, sans narcissisme ni facilité. And the multiplie les collages, à l'échelle de chaque titre comme au long de l'album, qui visite tour à tour une afro-beat en pleine électrolyse, le spectral des synthés fleurant bon les eighties, le bop, la funk chantournée de drum and bass, etc. Le liminaire « Monk Ponk Train » condense à ce titre la démarche d'un album conclu sur un « Ethiop » réminiscent du jazz d'Addis-Abeba. Retour du refoulé.

Plus encore que cette stratégie du collage qui fait sans cesse sens, toute mesure on la ressent nécessaire, c'est dans l'assemblage de ce patchwork pour lui donner une cohérence qu'And The laisse pantois. Et à tout seigneur tout honneur, les arrangements et compositions, majoritairement de l'altiste et parfois laissées aux compagnons (Vincent Artaud, bougre de claviériste, Emmanuel Gallet, Marja Burchard, bougre de claviériste itou, d'autres). Des compositions qui font étonnamment la part belle aux individualités dans des soli pourtant bien loin d'un chorus de bop dans la démarche, parfois réduits à des fragments, instantanés musicaux sans référent autre que la simplicité de l'ensemble, parfois étirés dans des registres au groove imparable et définitivement blues (« Clock Road », magnifique Pédron). Et dans ces polaroïds ciselés à la perfection on comprend toujours plus, chaque écoute faisant son travail, ce que font ces musiciens parvenant à nicher un groove d'une évidence stellaire dans des recherches éclatées que peu d'artistes savent rendre aussi cohérentes, alors même qu'elles sont dans la vogue du temps. Parfois jusqu'à l'écoeurement.

Au-delà des goûts et des couleurs (et tant mieux si on aime pas, pardi ! Merde!), Pierrick Pédron frappe fort les consciences et les écoutes, prouvant une énième fois qu'il fait partie de la caste fermée des musiciens explorateurs, défricheurs d'audace et de sons à inventer, de la caste plus select encore de ceux qui y parviennent dans une clarté qui ne peut faire que consensus.

Pierre Tenne

Pierrick Pédron, And the, Jazz Village/Harmonia Mundi, sortie le 22 janvier 2016

Notre entretien avec Pierrick Pédron date d'il y a plus d'un an, mais reste une saine lecture.

Pierrick Pédron : alto saxophone, soprano saxophone, vocals

Vincent Artaud : claviers

Damon Brown : trompettes

Marja Burchard : claviers

Jérôme Fanioul : xylophone

Julien Herné : basse

Bernd Oezsevim : batterie,

Chris de Pauw : guitare

Didac Ruiz : percussions

Tomi Simatupang : basse

Jan Weissenfeldt : guitare

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