Pierre de Bethmann Medium EnsembleEXO

EXO rend perplexe l’auditeur : la musique est  d’apparence simple, bien circonscrite dans un jazz des dernières décades, sans arêtes vives qui hérisseraient le poil, avec un son orchestral d’ensemble bluffant de beauté et des interventions solistes d’un niveau exceptionnel. Il se révèle pourtant difficile d’entrer, à la première écoute,  dans l’architecture d’ensemble pour être séduit immédiatement. On se souvient alors du conseil donné par Leonardo da Vinci face à la découverte d’un tableau : regarder avec patience chaque détail avant d’aller au plan d’ensemble, entrer peu à peu dans l’œuvre. Voir, sentir puis comprendre. Message reçu : besoin d’écouter plusieurs fois cette musique faussement naïve.

On ne présente plus Pierre de Bethmann, ce  jeune cinquantenaire, toujours passionnant dans ses interventions au Fender Rhodes,  fondateur du trio Prysm et de Illium. On sait qu’il est un compositeur talentueux. Ceci dit, on est bien content qu’il livre des clés de lecture dans le livret (souvent abscons) qui accompagne ce double album : « Persister à s’intéresser au swing, au son, à l’harmonie en assumant ne faire que de la musique, en croyant encore au pouvoir d’émotion de celle-ci, et continuer pour ce faire à bâtir des formes élaborées pour permettre à d’exceptionnels solistes de se jouer d’elles et, par la même de les transcender… tout cela fera peut-être figure de gageure ». Pour sûr. Allons plus loin sur le choix du titre du disque : « Exo » comme ouverture à l’autre en opposition à « Eso » qui renfermerait sur un  « moi » narcissique. Dit autrement et de manière explicite, chaque pièce met en valeur un, deux ou trois solistes, le tout étant conçu comme une suite en deux temps, avec de courts moments de respiration « Hors champ ». Il y a là douze solistes dont huit instruments à vent et une voix (celle de Chloé Cailleton) traitée comme un instrument à part entière, sur un répertoire original.

Remettre la galette sur la platine. Se laisser prendre au jeu en écoutant Bastien Stil (tuba) sur « Des mesures préalables », Denis Leloup (trombone), Karl Jannuska (Batterie) et Sylvain Beuf (sax alto) sur « Moderato », Thomas Savy (clarinette basse), Sylvain Gontard (trompette et bugle) et Baptiste Germser (cor) sur « Du calme ». C’est tout bonnement splendide. Ou comment reconstruire,  l’air de rien, l’architecture de la suite.


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