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Elvin Bironien, A Quest (Jazz Family/Combe)

Le roulement de basse d’Elvin Bironien enclenche une succession de rythmes et de notes dès le premier titre « Jamaican School ». Haletant, mélodique, le ton est donné, pris, et la quête du compositeur déboule dans l’univers jazz à toute vapeur. Les musiciens qui l’entourent ont intégré les fibres personnelles de leurs origines, de l’histoire de la musique, et abordent des courants transverses, telluriques. 

Il pleut sous les doigts du pianiste Grégory Privat des notes d’orage tropical, que Ralph Lavital à la guitare et parfois à la voix renvoie dans des espaces invisibles. Pierre-Alain Tocanier à la batterie les soutient, ponctue les vibrations, le suspense, avant de les faire filer soudain comme le vent parfois impétueux, brutal, le fait des nuages. Les paysages musicaux d’Elvin Bironien proviennent de territoires insaisissables et mêlés dans le temps. Psychédélisme des Caraïbes ? La fusion va bien au-delà des mers mais se fonde sur la culture créole, qu’il partage justement avec Grégory Privat, Ralph Lavital et le chanteur Nicolas Pelage dont la voix chaude surgit sur « Songs of Unity ». Grand-père martiniquais, parents originaires de Martinique ou de Guadeloupe, les fils de la trame caribéenne s’entrecroisent avec la chaîne musicale du jazz d’où qu’il vienne. 

Sur cet album aux compositions incandescentes, Bironien emprunte deux titres. Pour « Basic’Lude » de Hugo Tetard, qui débute brièvement sur une grève ou un morne où passent des mouettes, les graves de la basse construisent bientôt une séance de studio avec une fenêtre ouverte. Est-ce une radio oubliée sur le sable, évanescence d’une danse ? La gamme prend, le rythme grimpe dans les tours, les instruments perdent leur calme un à un. De cet éphémère qui nous retient ici ou là, Bironien revisite aussi « Tea in the Sahara » (Sting et Police) qu’il nous sert sur un plateau où s’inscrivent la délicatesse et la courtoisie du rite évoqué par le titre. L’album a été enregistré en trois jours à la Maison des artistes de Chamonix mise à disposition par André Manoukian pour soutenir la création et les jeunes artistes. 

A quest est un projet qui traduit l’osmose entre quatre musiciens regroupés depuis 2015 et dont l’essor ne fait que commencer. Elvin Bironien a étudié la musique à Toulouse et multiplié les participations et expériences dans de nombreux styles, jazz et musique traditionnelle d’Afrique, du Maghreb et bassin caribéen. Il a participé à de nombreux concerts et festivals, notamment aux côtés de Pape N’Diaye (PAAMATH). Installé à Paris depuis 2013, il a monté son propre groupe que Grégory Privat a rejoint au piano en 2015. Il faut saisir l’occasion d’un concert pour percevoir l’évidence entre ces musiciens, qui n’ont presque pas besoin de se regarder pour jouer. La connivence circule entre les lignes musicales, d’une strate à l’autre, pour chaque mouvement mélodique entrepris et développé, puis dissimulé avant que brusquement, il ne soit repris encore plus fort, devenu implacable. Le désir se cache dans les silences. La superposition des instruments crée parfois une tension supérieure à la fusion, juste avant qu’elle ne s’impose et devienne fluide. Le temps que la danse reprenne, poétique et nonchalante. « One for Joe » conclut l’album. Bironien a eu le plaisir de jouer au Birdland, célèbre club de jazz de Joe Zawinul à Vienne, l’hommage ou la filiation est clairement revendiqué. Le clavier, le rythme, l’expérimentation sonore et psychédélique, tout concourt à la fusion transparente chère au musicien autrichien. La quête musicale est une aspiration dévorante et lumineuse.


Elvin BIRONIEN : Basse / Composition  - Grégory PRIVAT : Piano / Claviers - Ralph LAVITAL : guitare / Chœurs - Pierre Alain TOCANIER : Batterie / Percussions


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