Giovanni Guidi – Gianluca Petrella – Louis Sclavis – Gerald Cleaver, Ida Lupino, ECM

Avec vous, monsieur Manfred Eicher, on redécouvre les joies du gamin qui ouvre une pochette-surprise. En dépit des moues dubitatives, des ricanements acerbes de certains jazzophiles et de mes propres incertitudes ; monsieur Manfred Eicher, je vous remercie de continuer à nous offrir des projets incongrus qui se révèlent être de petites merveilles à mettre entre toutes les oreilles. Ida Lupino ne déroge pas à cette règle et au vu du line-up et de l’instrumentarium, on sait déjà que l’on va se frotter à une étrangeté qui ne relève pas de la pensée unique. La présence de Louis Sclavis – qui n’a pas pour habitude de s’embarquer dans des projets sans consistance -, et celle du très fin batteur Gerald Cleaver donne déjà des clefs mais quid de Giovanni Guidi et de Gianluca Petrella ? On se doute bien que monter une formation comprenant un trombone, une clarinette/ clarinette basse et un piano ne peut que susciter des alliages de timbres raffinés et originaux. Et retenir pour référence et titre d’album "Ida Lupino", la composition de Carla Bley, n’est nullement anodin.

A la vérité, on est allé d’emblée lire la plage 4 en se disant que prendre ses marques sur les standards - et « Ida Lupino » en est devenu un – était le meilleur moyen d’approche pour vérifier l’expressivité des musiciens et leur choix esthétique. C’est si réussi qu’on fait ensuite défiler les quatorze étapes d’une seule traite. Qu’il est agréable de longer ce long fleuve plus ou moins tranquille qui passe de thèmes écrits en variations et s’ouvre de temps à autre sur des improvisations collectives !

On découvre le talent compositionnel de Giovanni Guidi, ses dons de pianiste en mode Jarrett sachant faire naître l’attente de la tension, l’impétueuse sonorité de Gianluca Petrella. Ces deux-là – ce n’est pas sans raisons qu’ils ont été choisis comme sidemen par Enrico Rava - sont la colonne vertébrale autour de laquelle va se construire un jeu d’équilibristes. Ces funambules offrent une musique de l’entre–deux bouleversante, hors des modes hystériques, une sorte de musique de chambre intimiste et rêveuse, toute de sensibilité exacerbée et pudique, aux mélodies diffractées à forte charge émotionnelle. Latine pour tout dire. Comment la qualifier cette musique ? Faut-il d’ailleurs tout cataloguer ? On peut dire qu’elle emballera ceux qui aiment les musiques de chambre d’aujourd’hui qui n’empruntent ni à l’Ircam ni au minimalisme et qu’elle n’aurait pas été rejetée par Gerry Mulligan, Chet Baker, Chico Hamilton ou Jimmy Giuffre.

Giovanni Guidi : piano / Gianluca Petrella : trombone / Louis Sclavis :clarinettes / Gerald Cleaver : batterie


 

 

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