André Minvielle, 1 Time

Dans les notes de pochette, avec sa pertinence coutumière, André Minvielle explique son projet : « A l’heure des réseaux sociaux, de la toile internet, je cherchais une forme de partition de ce qu’il reste de l’intime, dans ce monde de l’extime, comme le nomment les sociologues. 1 Time se lit ici intime et ouane taïm (de l’anglais), à l’instar de la correspondance entre les artistes peintres Gaston Chaissac et Jean Dubuffet ». 1 Time est indubitablement un de ses meilleurs albums. On y apprécie le groove que Minvielle sait toujours balancer dans ses grands jours,  le swing en général, l’allégresse da la balloche malgache «  Madada », le funk avec trio de cuivres de «  Nino » et le rap gascon du « facteur d’accent » en duo avec Abdel Sefsaf, comédien bateleur et scatteur berbère. Sans oublier «  Sacré Eole » qui se penche sur la créolisation des mots et sur la langue qui donne le maloya.  Ce n’est pas toujours, sur un pur plan musical, d’une originalité folle mais les idées ne manquent pas et c’est sacrément bien foutu. Le joyau de l’album, c’est le poème de Jacques Prévert «  Etranges Etrangers », si actuel dans son énoncé, qu’il parait avoir été écrit sous la contrainte de notre présent. Minvielle, quil’a mis en musique, y joue de la bouteille électrique et d’un wave drum. C’est minimaliste en diable et étrangement poignant. Ce qui permet à Minvielle d’expliquer dans le livret que Luciano Berio, qui a su extraire l’humanité des voix, est son compositeur préféré.

La plage «  Intime One Time » ouvre le disque. Et ça groove nom d’une pipe ! On aime le grain de voixet l’accent qui font immanquablement penser à Nougaro bien que Minvielle ait un chant plus souple et plus naturellement swinguant.  Bernard Lubat est son premier invité parce que, précise Minvielle, « c’est le fondateur d’Uzeste Musical et qu’à Uzeste j’ai pu développer (et je continue) de nouvelles formes à musiquer, à compositer (matériau composite), chanter, aller à l’inconnu. Mais aussi à m’inscrire dans une démarche collective de création ».

On vérifie ici qu’il  y a chez Minvielle  une créativité ludique enfantine (exemples : «  la Minvielle à roue », les entrechocs de mots à la Bobby Lapointe comme dans «  Keskifon », une improvisation à partir de noms de champignons, une «  musique contemplative participante », un exercice appliqué de vocal’chimie à trois temps…), un pas de côté qui n’aurait pas déplu à Gébé, le dessinateur du Charlie Hebdo du temps du Professeur Choron.  C’est un monde très personnel, unique dans la chanson en langue française, un univers somme toute peu éloigné du chanteur brésilien Tom Zé avec ses  inserts sonores, son ironie libertaire, sa poésie bancale, ses joutes vocales (le desafio du Brésil). Il y a des trucs drôles, astucieux, iconoclastes, une vraie générosité, une ouverture à l’Autre… Mais il y a aussi un petit côté roublard, une «  bien – pensance » libertairequi peut nous faire sourire, nous enchanter et tout à la fois nous agacer. Comme chez Nougaro et Lubat, ses compères, chez qui certaines postures et certaines formules langagières tournent à vide. 


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