Romain Vuillemin, Swinging in Paris, LDC Studio

Pfoua, ça faisait tellement longtemps qu'on n'avait ouï ça ! Du swing mâtiné de manouche, ce qui en bon droit est un pléonasme. On se sent cons, presque oublieux. Mais ce Swinging in Paris au titre programmatique replonge directement dans les grandes racines de cette tradition qui pue la France par tous les pores, plus qu'aucune autre – si l'on n'excepte ''La vie en rose'' par Edith Piaf, qui dans tous les films hollywoodiens accompagne nécessairement une vue de Paris.

Romain Vuillemin, échappé un temps de l'Umlaut Big Band où il officie bien, s'épanche dans un répertoire relativement classique pour cette tradition dont il offre avec son quartet une interprétation sans rodomontade, mais mieux que bien galbée : Django bien sûr, surtout celui d'avant-guerre, Count Basie, ''Tea for Two'', ''Body and Soul'', la ptite chanson française à l'ancienne savamment arrangée qui va bien, avec pour cet album ''Parlez-Moi d'amour'' qu'immortalisa jadis Lucienne Boyer, j'en passe. Dans l'exercice de ce genre d'album, il faut aussi les étonnements et les pas de côtés, qui ne font pas défaut et séduisent largement : la composition de Vuillemin (''Renouveau''), la voix osée et risquée du même sur ''Body and Soul'', un ''Joseph Joseph'' enlevé et maîtrisé.

Swinging in Paris est donc bien entièrement un album très marqué au sceau d'un genre dont il montre aussi bien l'ouverture et les possibles (notamment pour le swing, ce qui est toujours bon) que les limites et les redites. Dans ce style quand même source de joie et de kiff depuis trop longtemps, Romain Vuillemin et ses compères apportent cela dit une fraîcheur et une tonalité inédite : le phrasé du guitariste sur ses soli montre une identité et une technicité plus que singulières (voir ''The World is Waiting For the Sunrise'') que les arrangements magnifient sans barguigner. Sans virtuosité trop prosélyte, ce qui est le propre des âmes nobles, mais bon, le monsieur joue quand même terrible... Idem pour l'intervention de Sylvain Hamel à la clarinette (''Three Little Words''), ou encore le violon de Guillaume Singer, qui profitent de l'irréprochable assise d'une rythmique guitare/basse au cordeau (Stephan Nguyen et Jeremie Arranger).

Dans ce genre si particulier et codifié, Romain Vuillemin et son quartet posent une première pierre qui a une bien bonne gueule, et un swing plus excitant encore. On peut douter qu'ils touchent au-delà du cercle des amateurs de l'esthétique, mais si jamais quelque salisseur de mémoire a cruellement oublié Django et compagnie depuis trop longtemps, on conseille de ce ruer sur Swinging in Paris pour se reprendre la claque de la tradition et de l'actualité de cette musique, sans compromis ni nostalgie. En swing!


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