S’il est une figure attachante au sein des musiques actuelles, c’est bien Michel Benita, et on avoue garder, dans un recoin de la mémoire, les belles productions du Trio ELB, avec Nguyen Lê et Peter Erskine. En 2010, Michel Benita a constitué Ethics avec le suisse Matthieu Michel qui a vraiment une splendide sonorité au bugle, la japonaise Mieko Miyazaki au koto, le guitariste norvégien Elvind Aarset et le percussionniste français Philippe Garcia qui a longtemps résidé en Turquie. On retrouve les mêmes acteurs sur River Silver pour décliner, en des alliages de timbres somptueux nés de l’instrumentarium particulier du groupe, un monde sonore sis aux confins de nombreuses frontières, quelque part entre jazz européen, musiques nouvelles et une world music plus imaginaire que définie. Alors que les premiers moments résonnent favorablement ( on se surprend à se dire : «  c’est beau ça »), on ressent vite une saturation provoquant, indéfinissable, une réserve récurrente qui brouillait les choses ?

La principale de ces réserves tient à trop de climats répétitifs qui renvoient à des choses déjà entendues, chez Erik Truffaz, par exemple. Faisons une petite description du contexte pour donner des clés de lecture. Le titre de l’album a une valeur symbolique : River Silver (rivière argent) et en écho, la musique coule ou souhaite donner le sentiment de couler comme une rivière aux mille feux scintillant sous les rayons d’un soleil primordial. S’il y a bien un peu de cela, l’écoute me fit plutôt penser à un voyage mental à vocation méditative, à une quête de sérénité de matin calme ou à une mélancolie rêveuse sans être évanescente (le chant de la contrebasse et les pulsations des percussions donnent une assise terrienne) qui me laissa l’impression d’être un pèlerin en marche vers un Orient fantasmé et une Turquie imaginaire.

Tout cela semble positif et devrait l’être mais la production laisse songeur et écartelé. Où sont passées les mélodies, les aspérités et la dimension rythmique qui éveillent l’attention de l’auditeur ? Plus que dans un déplaisir, il faudrait ranger ce River Silver dans la nouvelle rubrique « On n'a pas compris » avec un autre ECM, et se demander si cette perte de sensibilité, très subjective, ne rend pas plus imperceptible la beauté d'une création musicale tiraillée entre ses catégories toujours plus abstraites, « musiques nouvelles européennes », jazz, musiques du monde, etc.

Philippe Lesage

Michel Benita Ethics, River Silver, ECM/Universal, sortie le 16 janvier 2015

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