Duo claviers/trompettes. Au pluriel : orgue Hammond, bugle, Fender Rhodes. Puis Nicolas Genest qui sur « Dombolo » chante, entre le rap et le scat. Le scrap ? A long lone way est de ces albums à qui il faut accorder le temps nécessaire pour se laisser séduire, pour pénétrer leurs secrets enfouis derrière une patine faussement consensuelle, à ce point lassante pour qui suit de près le jazz contemporain...

Car Nicolas Genest et Yvan Robilliard s'aponichent dans leur époque et dans leur jazz avec une attention au détail vrai, une conscience simple de leur musique, qui fait de leur album un morceau précieux de musique. Précieux par sa variété : A long lone way s'ouvre sur le titre éponyme, très classique, au hiératisme sans grandiloquence, les arpèges en accord ouvert moult lyriques de Robilliard au piano, les lignes mélodiques tout aussi ouvertes de la trompette de Genest et ses faux-airs de Davis. Et l'album découvre peu à peu, pudique, d'autres mystères qui exigent en toute bienveillance une présence plus forte de l'auditeur : le canevas très « naïf » (au sens de Satie) de « Matrice » ou « Le saut de l'ange », l'impressionnant exercice de style blues de « Spiritual » et l'usage parfait de la sourdine, l'hommage à John Taylor (« Dreamer ») qui fait honneur au style clair-obscur du pianiste anglais récemment décédé. Etc.

Ce n'est pas rien, tant de richesses parmi tant de cohérences lorsque l'on est que deux. C'est plus encore que de parvenir à envoûter plus encore à chaque écoute successive, de pallier l'obséquiosité de certaines références derrière un trop-plein de clarté et de vérité. Deux qualités embrasent cet album d'une qualité supérieure : celle trop galvaudée (surtout par l'auteur de ces lignes) de la sincérité, celle si nécessaire d'une simplicité jamais prise en défaut d'être trop facile. La reprise de « My Funny Valentine », seule composition échappant à la plume des deux musiciens, est là pour en témoigner par son arrangement nouveau et percutant sans recherche hypertrophiée, sans fioriture. Dans une identité traversée d'espaces harmoniques et de couleurs aériennes (peut-être une recherche d'emploi chez ECM par moments?), que l'on craint souvent d'avoir entendue une fois de trop, ces deux musiciens affirment une musique d'une identité forte, résonnant longtemps dans les profondeurs des auditeurs généreux. A long lone way satisfait l'appétit de musiques tout à la fois sereines et inquiétantes, simples par leur profondeur, secrètes et candides, simplement belles.

Pierre Tenne

Nicolas Genest et Yvan Robillard, A long lone way, Cristal Records/Harmonia Mundi, 2015

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