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C’est à un dialogue musical amical que se livrent Steve Slagle et Bill O’Connell en mémoire d’un troisième larron disparu peu de temps auparavant : Kenny Drew Jr. Ce dernier, qui avouait avoir été plus influencé par Thelonoius Monk que par son propre pianiste de père (plus reconnu que lui dans l’histoire du jazz), avait été le pianiste des sessions de Reincarnation, disque de Steve Slagle (1994) et membre du Mingus Big Band aux côtés du saxophoniste alto. C’est donc peu de temps après le décès de Kenny Drew Jr que Steve Slagle propose à son producteur d’enregistrer «  KD JR », thème en hommage à son ami ainsi que des compositions de sa propre plume, de celles de l'autre compagnon de route Bill O'Connell et de quelques standards bienvenus.

En un tel contexte, foin des fioritures, c’est la fluidité, la transparence, l’équilibre dans l’échange que l’on recherche. Même si cela est peu sensible dans The Power Of Two, les deux musiciens partagent une affinité pour les musiques latines ; Steve Slagle, qui fut aussi un sideman des formations de Joe Lovano et de Carla Bley, avait débuté sa carrière au sein du Machito & His Afro-cuban Orchestra et l’avait poursuivi auprès Ray Barretto ; plus tard, il interviendra dans «  Encontros E Despedidas ( rencontres et séparations), un album du chanteur brésilien Milton Nascimento avec qui il a noué une solide amitié. Notons aussi que le style de Bill O ‘ Connell n’est pas sans rappeler le jeu de Jimmie Rowles dans The Peacocks, l’album où il converse avec Stan Getz.

Impressionnant de justesse et de sensibilité à la flûte, Steve Slagle donne une version tellement éblouissante du magnifique thème de Dave Brubeck « The Duke » qu’on en vient à en oublier celle donnée par Miles et Gil Evans dans l’album Miles Ahead. Il donne, toujours à la flûte, une jolie lecture du «  Peri’s Scope » de Bill Evans alors que sur les autres compositions, il privilégie le sax alto avec deux deux petits bijoux à la clé : «  Circle » de Miles et «  KD JR », le thème qui fut le déclic de ce disque. Sur certaines plages, de petites mélodies acides aux rythmes chancelants font penser à Ornette Coleman. On aime tellement cette musicalité toute de sobriété à la fois solaire et lunaire, signature d’une certaine sagesse acquise avec la maturité, qu’on tient à la déguster encore et encore, un verre de cognac en main.

Philippe Lesage

Steve Slage & Bill O'Connell, The Power of Two, CD Baby / Panorama Records, 2015

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