Fred Nardin Jon Bouteiller 4tet, Watt's (Gaya Music/Socadisc)

 

A qui voudra se lancer dans la carrière du jazz, on pourra conseiller de jeter un coup d'oeil à ce Watt's équilibré, gréé de ce qu'il faut de maîtrise autant que de folie, de morceaux de jouissances béates les plus grands publics aux clins d'oeil presque hardcore destinés à un auditoire plus fanatique et restreint. Qui voudra se lancer dans cette carrière pourrait s'inspirer des deux leaders, échappées d'une promo du CNSM qui ne manque pas de talent, et pollinise toujours plus le jazz français, à travers notamment l'Amazing Keystone Big Band où l'on retrouve en sus de Boutellier et Nardin ainsi que David Enhco et Bastien Ballaz, ici invités.

Watt's va surtout piocher, comme tant d'autres albums mais bien mieux que beaucoup, dans l'âge d'or des années 50 et 60, notamment le hard-bop : le pianiste Fred Nardin s'inspire de Tommy Flanagan pour composer « Round Twenty Blues », de Winton Kelly pour un solo enflammé et virtuose qui ne dénote pas avec votre discothèque du meilleur de Blue Note. D'ailleurs, à être juste et circonspect, le pianiste ne cesse d'impressionner, en soliste ou avec la section, par une discrétion générale et élégante officiant comme rampe de lancement vers des fulgurances parfois moins feutrées, toujours justes (« Highlander's Walk », si l'on veut).

L'ensemble du quartet fonctionne cela dit avec une homogénéité de talents et de bonne entente palpable, soulignée par chaque solo de l'un ou de l'autre. La section rythmique offre une ossature à l'exquise fermeté pour l'ensemble de ce Watt's, mâtinée du groove de la basse de Patrick Maradan – parfois aidée par les arpèges et autres block chords de Nardin – ainsi que du swing de Romain Sarron à la batterie.

N.B. : qu'on soit bien clair, Jon Boutellier, c'est très bien aussi, je ne savais simplement pas trop où le caler dans cette chronique.

Les invités – copains, amis, ce qu'on voudra – font des interventions nombreuses mais sachant ne pas se montrer trop invasives ; y compris les deux standards où chante, divine, Cécile McLorin Salvant. Au contraire, ces featuring révèlent plus encore l'art consommé de ce quartet, dans la réalisation aussi bien que dans l'écriture et l'arrangement, ici ciselés avec un perfectionnisme presque inquiétant : « The Gentleman is a dope », avec Bastien Ballaz, David Enhco et Cécile McLorin Salvant, un tube ; plus encore le « Chinoiserie » osé d'Ellington.

En cent mot comme en un, Watt's déchire, dans un jazz presque historique, qui lasse souvent à passer le cap du disque. Rien de tout ça ici, ce quartet diablement fin et libéré parvenant à trouver le fil rouge d'une musicalité généreuse, touche-à-tout, parfois inconvenante, le plus souvent bienvenue.


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