Baloji, jeune aventurier 

Baloji, jeune aventurier 

Le festival Banlieues Bleues relance les hostilités le 18 mars prochain. L'occasion de tirer une sélection thématique parmi la pléthore d'artistes invités. Par soucis de cohérence, de formidables musiciens tels que Airelle Besson, Thomas de Pourquery, The Comet is coming, Bachar Mar-Khalifé, Bireli Lagrène ou les représentants du Sacre du Tympan ne seront pas évoqués plus bas. 

33 ans que cela dure… Plus de trois décennies durant lesquelles l’équipe du festival Banlieues Bleues s’est démenée, avec passion et force courage, pour le développement des musiques jazz, world et improvisées hors des murs sclérosés de la capitale parisienne. Une ambition qui se veut sociale, parce qu’en amenant ces musiques dans les banlieues nord de Paris, le festival mène parallèlement une politique d’accès à la culture, qui développe par exemple des partenariats de longues dates avec les écoles des villes touchées : Argenteuil, Aubervilliers, Bagnolet, Epinay-sur-Seine, Gonesse,  La Courneuve, Montreuil, Nanterre Pantin, Pierrefitte-Sur-Seine, Stains et Tremblay-en-France.

Aimer et suivre ce festival demande de s’impliquer, non sans rechigner, dans l’usage des RER et autres transports en commun. Un moindre mal devant l’arsenal d’éclectisme et de qualité des artistes invités. À la pointe de ces derniers, se distingue, entre autres amours, un penchant pour l’Afrique, les Antilles et les Caraïbes, par le prisme des musiques noires et de leur rayonnement.  Rappeur congolais de belgique, Baloji s’est armé de l’orchestre de la Katuba pour mieux faire valoir le spectre de ses influences. Son coupé décalé rappé chanté justifie le concert debout à la Dynamo de Banlieues Bleues où se profile une soirée de danse avec la participation funky/active en première partie de Leron Thomas. Comme le trompettiste américain, Baloji construit son identité par le brouillage des genres, entre l’apport en apparence traditionnel de l’orchestre de la Katuba, les accents électroniques de son dernier EP, 64 bits & Malachite, et un flow parfois rêche de rappeur français. Il est, sans aucun doute, l’une des curiosités de cette édition. 

Plus que les vétérans Vikings de la Guadeloupe en qui se place étonnamment une attente révélatrice de cette récente ferveur qu’ont les collectionneurs de vinyls pour les musiques antillaises. 50 ans après le début de leur carrière, ils signent leur retour sur scène suite à la récente parution de la compilation Kouté Jazz. Un travail de choix signé Julien Achards, du site Diggers digest pour Heavenly Sweetness que l’on imagine sans grand mal savourer la 33ème édition de Banlieues Bleues. Car en plus de Leron Thomas et du funk antillais des Vikings de la Guadeloupe qui annonce une soirée fiévreuse où l’on sourira d’un bonheur partagé avec le groupe parti pour être ravi de cette renaissance, le label parisien a fait programmer l’une de ses égéries, le poète anglo-trinidadien Anthony Joseph. Jouissant d’une notoriété toujours sur la pente ascendante en France, celui qui est professeur de littérature en Angleterre prépare la sortie prochaine (mai 2016) d’un nouvel album. Son hyperactivité lui permettra peut-être tout de même d’aller écouter sa compatriote sa compatriote McArtha Lewis. 

Après plus de 40 ans de carrière, celle qui se fait appeler Calypso Rose, est l’une des dernières ambassadrices du genre dans le monde. Du haut de ses 76 ans, elle joue une musique aux rythmes chaloupés qui amène à son paroxysme nos recommandations où bonheur, fête et danse ne font qu’un. Avec les musiciens de Manu Chao, producteur de son dernier album, celle qui fut nommée 5 fois d'affilée « Reine du calypso » dans les années 70, apportera sa part d'exotisme au festival de la banlieue dionysienne. Sans que vous vous en doutiez au préalable, c'est une véritable célébrité des Caraïbes qui vous fera suer. 

Mais attention ! Après ses deux soirées consécutives, le festival sera clôturé par une création couleur Togo signée Roger Damawuzan & Vaudou Game ; une prestation béninoise menée par Danialou Sagbohan, batteur de l’Orchestre Poly-Rythmo ou de Fela Kuti en leur temps, qui dressera son goût pour le métissage musical à la mode durant sa grande époque, entre soul, funk et afro-beat ; et un mix de Batida, portugais né en Angola, pays dont il sample la musique. Pointu et gourmand de différences, le festival Banlieues Bleues devrait une fois de plus plaire à ses fidèles. Préparez vos cartes navigo ! 

Toute la programmation ici


Florent Servia

Comment