Avant-dernier jour au festival Django Reinhardt. Au réveil, la température infernale de Samois m'oblige à sortir de la tente aussi vite que possible. De l'eau, vite ! Ah, la gueule de bois providentielle de ces nuits entières passées à jammer... Une institution chez les campeurs ! Aujourd’hui, c'est la journée du groove, et le programme est chargé : six groupes à venir. Hélas, entre mon papier à écrire et l'aller-retour en skate à Fontainebleau pour me ravitailler en boustifaille, je n'arrive sur le site du festival qu'à la fin du concert d'Indra Rios-Moore, fille du célèbre contrebassiste afro-américain Donald Moore. Malheur à moi ! Je ne peux me fier qu'aux acclamations du public en émoi et à la confidence susurrée par la photographe Claudia Vasquez : « J'en avais les larmes aux yeux ». Ce n'est apparemment pas pour rien que la chanteuse a rejoint le mythique label Impulse !, produisant depuis sa renaissance l'an dernier des albums d'excellente facture : Charlie Haden/Jim Hall, Henry Butler/Steven Bernstein, Kenny Barron, Rodney Kendrick, Jacky Terrasson... A en croire les avis recueillis, cette nouvelle égérie du jazz et de la soul témoigne d'une sincérité rare.

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A 19h20, l'harmoniciste Jean Jacques Milteau monte sur scène pour un show plongeant dans aux racines du blues. Accompagné des voix soul bien trempées de Chicago (Michael Robinson) et du New-Jersey (Ron Smyth), de la guitare de Manu Galvin et d'une rythmique précise (Gilles Michel à la basse et Manu Millot à la batterie), Milteau fait émaner tout du long la nostalgie des 70's, de ces grands groupes de country-rock ricains qu’on imagine dans la discothèque idéale de tout soixante-huitard qui se respecte. Le concert se conclue sur un rappel rondement bien mené : un « For What It's Worth » (Buffalo Springfield) fondant sous le coup d'un tonnerre d'applaudissements.

La suite des festivités, ou le moment le plus technique de la soirée : The David Krakauer's Ancestral Groove ! Figure emblématique de la musique klezmer new-yorkaise et acolyte de ce bon vieux John Zorn, Krakauer (clarinette) est alors appuyé par un groupe hallucinant (au bas mot). Un jazz virtuose autant dans le doigté que dans les arrangements, empli d'un modernisme réfléchi, empruntant au funk, à l'électro et même à une fusion rock que la guitariste de 49 ans Sheryl Bailey transcrit avec autant de pugnacité qu'un Jeff Beck. Les mots deviennent superflus ; il ne me reste plus qu’à danser.

Fin de soirée avec les Monophonics, rencontrés deux semaines plus tôt au New Morning. Ce soir-là,  le chanteur et claviériste avouait sa préférence pour les scènes extérieures et l’énergie qui s’y dégage. On va bien voir… Le groupe prend place. Devant les crash-barrières, les jeunes se rassemblent pour danser sur ce concentré de force brute: riffs puissants, voix déchainée comme jamais... Des morceaux pour la plupart déjà entendus, mais empreints cette fois d’une force incomparable. Dans la fosse, ça groove sec sur les meilleurs titres de Funkadelic et tant d'autres. Pour ainsi dire un best-of, qui, festival oblige, s'achève bien plus rapidement qu'au New. Enfin le rappel : « Foolish Love », suivi de « Bang Bang ». Efficace.

Backstage, j'interpelle les membres du groupe pour discuter autour d'une bière. Ian McDonald (guitare) dit alors à Kelly : « I Think It Was In Our Top 5 ». « Yeah, sure. »

CQFD : pour ce qui est de l’énergie, la scène de Samois dépasse largement le club. Dire qu’il ne reste plus qu’un jour!

Alexandre Lemaire

Et rattrapage pour ceux qui ont manqué les premier, deuxième et troisième jours du festival !

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