Pour sa seizième édition, le Tribu festival a proposé une programmation alléchante et cosmopolite. De la pop yéménite au jazz/funk en passant par le vaudou, il y a matière à élargir ses horizons musicaux tout en se reposant sur des valeurs sûres. Direction Dijon pour assister aux deux derniers jours du festival ! 

Sur place, le village du festival s'intercale entre les péniches et les barques qui longent le canal de Bourgogne.

Peu a peu, les irréductibles bénévoles se font rejoindre par le public dijonnais. Le village devient alors de plus en plus vivant grâce aux conversations et aux odeurs de vin chaud et d'épices.

Puis, c'est l'heure du début de la soirée hip-hop avec le groupe "Variant". Ce nouveau projet est dans la continuité de "Chlorine free" que dirige également Virgil Lorach. Leurs influences electro/funk/jazz et leur groove sans concessions sont idéales pour réchauffer le climat dijonnais !

Au saxophone et au micro, l'incroyable Soweto Kinch dévoile toute l'étendue de son talent et n'hésite pas à mettre son charisme et ses rimes au service du groupe et du public. Au clavier, Romain Clerc-Renaud fait preuve de beaucoup de goût et d'instinct quand le bassiste Virgil Lorach s'avère terriblement efficace. Sans parler de Gauthier Garrigue, plus incandescent que jamais à la batterie. Autant dire que que la soirée démarre plutôt bien !

Variantfeat. Soeto Kinch ©Alexis Doreì
Variantfeat. Soeto Kinch ©Alexis Doreì

A la fin du set, direction le "Cabaret éphémère" pour le concert du rappeur américain Napoleon Maddox. Après avoir passé les feuilles de bambous à l'entrée, on découvre un surprenant bal monté en bois. De là, le flow du natif de Cincinnati nous accueille chaleureusement. Ce rappeur s'inscrit dans la plus pure tradition hip-hop : toute sa verve est au service de réflexions sociales profondes et de messages constructifs. Le son, puissant et de qualité, est géré par le Beatmaker Sorg qui bouge ses bras agiles sur les consoles. Puis, le rappeur français José Shungu se joint à la fête sur certains titres, et les échanges français/anglais captivent le public, qui bouge sur un plancher vibrant au rythme des décibels. L'envoûtante chanteuse ivoirienne Dobet Gnahoré fait alors une entrée remarquée, et propose de superbes couleurs bambara sur des beats de plus en plus prenant.

Quand le dernier rappel est terminé, la fête continue à la péniche " La Cancale " où la paire anglaise Dizraeli et Downlow animent jusqu'à 3h une after épique et totalement déjanté.

Sorg & Napo ŠAlexis Doreě
Sorg & Napo ŠAlexis Doreě

Après un réveil (ô combien) pénible le lendemain, une conférence à la bibliothèque de Dijon sur les musiques d'Atlantique noire permet de réviser en douceur ses classiques pour la soirée africaine qui nous attend.

Puis, retour au village du festival pour un apéro concert donné par l'Impérial quartet. Ce dernier, composé de 2 saxophones, basse et batterie propose ainsi une géométrie ambitieuse qui s'avère vite ennuyeuse quand elle est mal abordée. Ici, l'écriture moderne couplé à une alchimie de groupe exceptionnelle donne un résultat emballant. Aucun soliste ne ressort, le groupe forme un ensemble soudée capable d'exécuter avec une grande aisance un répertoire exigeant. Une ambiance accessible et chaleureuse provoquée par une telle musique n'est pas quelque chose que l'on a l'habitude de voir !

Et tandis que la France se fait écraser par la Nouvelle-Zélande en quart de finale, l'heure est à la fête au "Cabaret éphémère". Le chanteur guinéen Moh Kouyaté propose avec ses acolytes une musique festive et vivante capable de faire danser petits et grands. Le bal monté fait enfin honneur à sa fonction première de piste de danse tandis qu'une salle pleine fait trembler les planches en bougeant frénétiquement. L'énergie rythmique et la générosité du groupe y est pour beaucoup !

Après une courte pause, le funk vaudou prend le relais avec l'ensemble "Vaudou games". Le chanteur et guitariste Peter Solo, qui était intervenant lors de la conférence quelques heures auparavant, propose une musique en phase avec ses racines. Pas question de poupée avec des aiguilles, mais bien de l'authentique tradition vaudou du royaume de Dahomey. En partant des deux gammes vaudous ( "vaudou games" ), il nous propose un répertoire mêlant tradition et ouverture au monde. Car outre un message qui prône des valeurs harmonieuses, Peter Solo est aussi un showman au sourire ravageur capable de jouer torse-poil au guitar hero occidental. Et une fois encore dans la soirée, l'irrésistible énergie rythmique transforme des heures de danse fiévreuses en minutes.

Et s'il reste un semblant d'énergie après le concert, le musicologue et DJ James Stewart propose une after électro-africaine de qualité dans une péniche Cancale pleine à craquer  !

Lors de ces deux jours de festivals riches en émotions et en rencontres, j'aurais pu témoigner de la bonne ambiance qui règne dans ce festival. Programmation de goût, staff méticuleux, bénévoles héroïques, artistes accessibles à tous et association qui porte le tout à bout de bras, le Tribu festival est une expérience cosmopolite réussie à tenter !

Thomas Beuf.