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Cantonnés à leur table de diner, arborant bouteilles de vin et plats alléchants, les clients du Petit Journal Montparnasse sont des chanceux qui s’ignorent. Un manque d’entrain manifeste sur la première heure de live, une attention peu démonstrative, achevée par un lever des sièges et le hochement général des têtes sur les quelques derniers morceaux joués… Coup de vieux pour la musique de Dibango ? Dans ce milieu où la proximité du public et des musiciens se fait mince, et où l’écoute relève presque de l’ambiance de fond à laquelle on porte attention sans déborder d’animosité bruissante et dansante, difficile pour le camerounais de transmettre tout ce que sa musique à de plus ensoleillé à nous dire…
La faute à l’auditoire, donc? Si l’idée eut été de faire passer une agréable soirée aux spectateurs venus en masse, elle ne s’est pas montrée désireuse de triompher de l’attente générale : un concert chill pour accompagner le repas des clients, voilà ce à quoi Le Petit Journal a eu droit. Pour autant, pouvait-il en être autrement? Si Manu Dibango rayonne depuis bien longtemps dans le cercle abstrait de la musique populaire par une esthétique chaleureuse et minimaliste de grooves caribéens quasi reggaetón, c’est qu’il ne s’est jamais réellement risqué à l’audace, concevant (à raison surement) que si la célébrité s’est un jour pointée, l’histoire se répèterait sans effort. Point de critique, mais un constat orienté vers un passé pas si lointain : la formidable générosité dont le chanteur-saxophoniste put faire preuve lors de ses précédentes visites à Paris, tenant en showman respecté tout son public en haleine. Aujourd’hui, la musique de Dibango souffre d’un manque de renouvellement certain, mais en premier lieu du cadre flambant de retenu dans laquelle elle se joue sans pouvoir y trouver sa place. D’ailleurs, le veut-elle?
Sur le plan strictement musical, les émotions furent inégales, et parfois opposées… Bilan d’une maigre démonstration de partage et de kiff pour Manu Dibango, en contrepoids avec la solide armature rythmique qui l’accompagne, donnant le change par la surprise de ses breaks et de ses transitions. Choristes essoufflées, mais que l’on oublie bien vite face aux interventions (hélas trop rares) du guitariste et du claviériste, apportant alors une touche jazz fortement appréciable, détournée de ses prétentions virtuoses. Peut-être manquait-il aussi de couleurs rythmiques plus variées, de celles que l’on retrouve dans la musique afro-cubaine, et qui font tant groover les foules… A défaut, il eut fallu attendre que Manu Dibango et son Soul Makossa Gang interprètent un titre qui n’est pas de leur registre habituel (un Sidney Bechet « made in NOLA » comme on les aime), pour mettre le public en train et lui faire lever son postérieur pachydermique avant la chute du show, ponctuée fort heureusement de deux rappels couverts d’applaudissements.
Alexandre Lemaire
Manu Dibango, Petit Journal Montparnasse, 29 septembre 2015

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