Bourrasques et intempéries s'abattaient sur le site fortifié des Arts Fous à Fouras. Ce n'était pas la première fois que le festival se trouvait confronté à un tel imprévu depuis ses 7 ans d'existence mais il n'est jamais aisé de garantir le bon déroulement des événements dans ces conditions. Nous apprenions d'abord, à notre arrivée vendredi soir, l'annulation probable des concerts de la soirée : Elodie Rama, Anne Pacéo, Jeanne Added, John Milk. Heureusement, dans leur grande bonté, les artistes décidèrent tous de déplacer leur show sous le chapiteau : une aubaine pour les festivaliers qui ainsi purent profiter d'entrées gratuites ; mais perte sèche pour les organisateurs... Une scène de secours, minimaliste, avait donc été installée sous le chapiteau, mais là encore, ce fut un mal pour un bien. Enfin, bien peu de mal (rassurez-vous) puisqu'à défaut de profiter d'une qualité sonore irréprochable, nous avons joui d'une proximité unique avec les musiciens. Un spectacle à double sens, tant l'interaction entre public et artistes permit au long de la soirée une cascade d'émotions fortes. D'abord le quartet de la batteuse française Anne Pacéo, « Circles », comptant parmi ses rangs quelques individus à l'expressivité folle (et je ne parle pas de leur talent!) : Christophe Panzani au saxophone (remplaçant ici Emile Parisien), Tony Paeleman aux claviers et l'incroyable voix de Leila Martial... Intense ! La tension avait monté d'un cran dans le public quand s'acheva leur prestation. Anne troqua son tom alto pour un pad (elle jouait également dans le projet qui suivait), afin de préparer la venue d'une autre française, figure montante d'une électro-pop lyrique et pleine de noirceur : Jeanne Added. Malgré un timbre de grosse caisse léger, la force des paroles d'ouverture de « A War is Coming », et la lourdeur de l'ambiance rendue par les synthés de Narumi Hérisson, s'accaparèrent vite les faveurs du public.

Une heure plus tard, le temps était donné à plus de groove face à la montée en scène d'Elodie Rama et de sa formation où l'on a notamment pu voir s'illustrer un Seb Lawkyz (basse) déchainé, sillonnant dans un jeu puissant qu'aucun Marcus Miller ne pourrait réprouver. Pour toujours plus de rythmes funky et affriolants, la suite fut, en conclusion de cette soirée, donnée au groupe de John Milk.

Tant de proximité ne pouvait qu'obliger la foule à relancer le chanteur-organiste pour un rappel. Mais ce qui devait être le dernier titre de la soirée s'est vite mué en une jam-session improvisée gargantuesque sous la demande acharnée et unanime de l'auditoire. « Un bœuf ! Un bœuf ! » Cela a duré prêt d'une demi-heure. Milk, Pacéo, Lawkyz, Panzani, Paeleman... La plupart des membres des groupes ayant joué dans la soirée s'étaient portés au jeu devant des spectateurs hallucinés ; ni plus, ni moins. Fin des live : 02h30.

Le lendemain fut un jour bien différent. Les conditions climatiques permettaient, certes, des concerts sur la scène principale, mais nous ne ressentions pas la même effervescence que la veille. Moins de proximité pour plus de basses : un retour à la « normalité ». Heureusement, des grosses pointures du jazz étaient programmées en ce début de soirée : le claviériste Fred Dupont et son projet « Organ Session » excellemment accueilli, suivi du « Wasteland » du trompettiste Antoine Berjeaut et du rappeur américain Mike Ladd, trouvant son originalité dans les méandres de la beat music et du hip-hop enragé ; une musique au caractère fictif surprenant dans laquelle l'on plonge sans peine jusqu'à même y découvrir un sens, une histoire. La clôture du festival délaissa enfin le jazz pour mettre en avant des choses plus carrées, plus rock : le duo guitare/basse No Money Kids doué d'une grande présence sur scène, et enfin les anglais de Smoove & Turrel jouant d'une soul somme toute plus attractive que les précédents shows si l'on mesure le nombre de festivaliers présents. S'il est moins dans notre domaine de traiter de ces musiques, la bougeotte nous a agréablement gagné face à leurs arrangements efficaces et sans fioritures. Une énergie communicative qui nous fait dire que les Arts Fous propose chaque année des rencontres différentes, mais toujours plaisantes.

Alexandre Lemaire

Photos : Margot Vonthron

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out