Lande, le jazz qui frémit

Actualités - par Florent Servia - 5 mars 2018

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Lande, une bouffée d’air frais pour le jazz français, sera en concert à La Petite Halle, le mercredi 8 mars. En 2017, le quartet a séduit avec La Caverne, un premier album qui réunit des habitués de la scène : Alexandre Perrot (PJ5, Pan-G), Ariel Tessier (PJ5, House of Echo), Quentin Ghomari (Papanosh, Ping Machine) et Julien Soro (Ping Machine, Big Four, Schwabb/Soro). Formation rattachée au Collectif Loo (Pan-G, Nox.3), Lande allie une musique parfois touchante, parfois bluffante à un désir libertaire.


Sur la lande poussent généralement des arbrisseaux, très loin de ce que la puissance dégagée par Lande laisse imaginer dans ce disque en tensions où la primeure est donnée au mouvement. La Caverne sonne comme un cri libérateur, un coup de force qui coche toutes les cases par une musique engagée, touffue (il s’y passe beaucoup de choses) et séduisante. L’album, le premier pour le quartet franco-français, a trusté le haut de la pile des sorties de l’année 2017, à l’automne dernier. Tout en sourire et politesse, Alexandre Perrot, contrebassiste et leader du projet, en a eu marre d’entendre les formes établies du jazz se répéter et s’enfermer dans leur propre cadre, comme un universitaire s’insurge à un moment donné devant les limites pour la pensée que représente la forme, chérie en France, de la dissertation. « J’ai l’impression que le jazz est une forme savante qui se prive parfois de réflexion sur l’objet de sa propre musique ».

Pour imager ces œillères qui font tourner en rond même les virtuoses, le contrebassiste a pris pour référence l’allégorie platonicienne de la Caverne : « La Caverne, c’est l’absence de vision et la perte de repère. C’est la première partie de mon disque, puis il y a la sortie vers le monde extérieur. La première partie est un magma de basse mêlé à un tourbillonnement de batterie, avec un thème par-dessus. » Cela passait par un rapport de liberté vis-à-vis de ses propres compositions, qui auraient de toute façon été différentes s’il les avait écrites à un autre moment. L’idée, elle, aurait été la même : les structures mouvantes, l’implication intense de chacun des musiciens et la prééminence du geste sur l’écriture. Dans sa définition de l’indicible, Alexandre Perrot renvoie sans préméditation à ce qui fait l’esprit du jazz où une partition ne s’interprète pas littéralement. Avec des « phrases qui ne sont pas métrées ni jouées telles qu’écrites mais où il faut quand même respecter leurs groupements et les silences qui vont avec » ; avec « des phrases qui entrent en opposition avec ce que la rythmique fait ou avec les accords exprimés en dessous », on ne s’étonne pas que le compositeur puisse affirmer : « il n’y a pas de routine qui s’installe ». Ils trimballent l’auditeur d’une tension rêche et dissonante par moments, où le rythme est prépondérant, à des accalmies plus lyriques. C’est vrai, on ne s’emmerde pas, tant le propos est fourni et imprévisible, et sa réalisation, efficace, ravivée d'une touche de blues, d'un supplément d'âme essentiel.

Alexandre Perrot a été élève au Conservatoire National avant de découvrir plus récemment ce que les « trucs plus libres » offrent au musicien : « cela m’a toujours plus d’amener des bouts de liberté dans les musiques plus écrites ; de penser à la densité de la musique dans l’agencement de la mélodie, de l’harmonie et du rythme. La musique qui ne réfléchit qu’à la musique m’ennuie. ». Dans ses notes explicatives, Alexandre Perrot prenait Ornette Coleman et John Zorn pour influences « parce que dans la forme dans l’instrumentation, le projet est proche de l’Acoustic Mazada de Zorn et le quartet de Don Cherry, que dans la musique du premier, il y des thèmes et des solos sur des choses très mouvantes ; et que ce sont les pontes de l’improvisation ». Dans cette quête d’un objet nouveau ou différent pour l’auditeur, Alexandre Perrot est parvenu à insuffler à Lande une efficacité narrative réelle, loin d’un free inaudible, informe et recroquevillé sur lui-même : « J’aimerais rester sur un fil entre l’incertitude et ce qui est certain ».  

En concert à La Petite Halle, le 8 mars 2018


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