Alune Wade fait sa cuisine

Alune Wade fait sa cuisine

Actualités - par Marion Paoli - mercredi 7 février

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African Fast Food, le nouvel album d'Alune Wade, bassiste des plus grands, est un concentré d'afrobeat, où se mélangent percussions et voix, traditions africaines, jazz et funk.

 

Alune Wade ouvre une porte musicale sur la version africaine d’un espace de restauration rapide, qui n’a rien de commun avec ce qu’on connaît ailleurs. Dans un maquis de Côte d’Ivoire ou une dibitterie du Sénégal, tout est fait maison. « La viande y est cuisinée au feu de bois, les pommes de terre coupées à la main, le poulet bicyclette ». L’expression désigne la démarche saccadée des poulets qui vont librement de cour en cour. D’une voix tranquille, le compositeur, bassiste et chanteur décrit cette ambiance, qui lui est chère, d’un lieu où la radio diffuse des musiques de toutes sortes, malienne, sénégalaise, où on discute du dernier match de foot, du dernier film, un espace où « tout est encore vrai ». Le style Alune Wade et l’alliance entre afrobeat et jazz résonnent encore plus fortement à la lumière de son parcours et de ce nouveau projet, fruit des dix dernières années qui font de lui un acteur incontournable de la scène internationale. Des rencontres exceptionnelles imprègnent sa musique. « Il y a du Paco Sery, du Cheick Tidiane Seck, du Oumou Sangaré, du Marcus Miller,… ».

Des dix premières minutes passées avec le bassiste, rencontré à l’occasion d’un festival en Pologne, Alune Wade dit qu’elles ont changé sa vie. Il a participé ensuite à l’élaboration de l’album Afrodeezia et partagé la scène avec Marcus Miller, qui l’appelle son frère du Sénégal. Il y a aussi les dix années de collaboration avec Aziz Sahmaoui, qui ont donné University of Gnawa. Désormais, après Mbolo en 2006 et Havana-Paris-Dakar sorti avec le pianiste cubain Harold Lopez Nussa en 2015, Alune Wade impose sa musique qu’il revendique « parisienne », produit du mélange construit dans cette ville où se retrouvent les meilleurs artistes africains. « Ce n’est pas une musique qui serait 100% afrobeat ou jazz qui viendrait de l’Amérique. Il y a aussi du gnawa, comme dans « Mali Dén » qui est également plus africain, ou « Pharaoah’s Dance», qui est plus fusion jazz. »

Les musiciens qu’il a choisis avaient en eux ce qu’il cherchait pour son album. « Il faut arriver à se comprendre. C’est important de s’aimer et de se mélanger. » Les tonalités sont jazz, free jazz, argentines, brésiliennes, avec Leo Genovese au piano, Mokhtar Samba à la batterie, Adriano « DD » Tenorio aux percussions, Daniel Blake au saxophone, et même cubaines avec le batteur Francisco Mela sur deux titres. « Aimer l’autre, c’est l’accepter, avec ses valeurs, sa culture, son éducation, son histoire, son passé. » À l’évidence, le sens est fondamental. Il a invité Oxmo Puccino sur le 2e titre de l’album, « How Many Miles » et l’allusion du rappeur est claire : « Alune Wade, une place incarnée, noble comme le bois… prends ton envol… ». C’est la voix captivante d’Alune Wade qui relie les univers. Elle s’élève dans « Marne Fallou », dernier titre de l’album où les rythmes fusionnent piano et cuivres, dans une mélopée presque incantatoire.

Concerts : les 5 et 6 avril 2018 au Duc des Lombards


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