Roméo Elvis, Crooner conscient

Actualités - par Florent Servia - 27 août 2017

Après avoir sorti Morale 2 en début d'année, Roméo Elvis et Le Motel entament leur deuxième partie de saison avec une série de concerts à venir, en France et en Belgique. Retour sur l'aventure naissante du rappeur bruxellois.


“J’suis à l’aise, j’suis comme les couilles à l’air”
Le rappeur de Bruxelles résume sa situation actuelle en cette phase façon aprem au camping ou soirée canapé. Roméo Elvis traverse sa célébrité grandissante avec une simplicité désarmante. A l’image de ses collègues Damso, Hamza et Caballero & Jeanjass, il est de cette vague belge qui séduit la France et introduit une diversité bienvenue dans le paysage rap d’une francophonie restée jusqu’à présent discrète au-delà des frontières de l’hexagone. Voilà deux ans que Roméo Elvis nous fait sa Morale ironique, joueuse, élégante, sur les mélodies down tempo du Motel à la prod’. Par sa voix de basse et de crooner du rap, il se démarque des autres, conscient que céder à la mode de l’autotune desservirait cet atout naturel. Si Roméo Elvis est si tranquille c’est qu’il s’assume enfin complètement. Morale 2 consacre cette évolution. Issu d’un milieu bourgeois, d’abord inquiet de ne pas avoir sa place dans le milieu du hip hop, Roméo Elvis a ensuite mis du temps a assumé publiquement l’héritage de ses parents artistes. C’est chose faite. Hors de la scène, il en parle désormais dans ses nombreuses interviews, racontant également que Mc Solaar est un ami proche de son père ainsi que sa première influence . Sur scène, c’est en invitant sa sœur chanteuse, où en mettant à profit son apprentissage de la guitare, que le jeune rappeur - ancien étudiant aux Beaux Arts puis en école de photo reportage - ose affirmer tout le spectre de son capital culturel. Comme de mettre l’accent sur le chant dans Morale 2, après s’être acclimatés à d’autres rythmes dans Morale. Il confesse à l’envie que sa rencontre avec Le Motel a eu son importance dans son ouverture à d’autres possibles. S’associer avec le producteur de musique électronique fut une aventure en soi, un succès où l'électro pop doucereuse et aérienne du Motel s'est révélé être un supplément d'élégance pour ce rappeur qui reconnaît dans l'art du silence, une composante majeure de la musique.

Crooner conscient
« Ouais vraiment, quand je t'embrasse c'est comme.../Une sorte de dauphin sophistiqué » (« Drôle de question »). Pas dérangé par l’auto-dérision, Roméo énonce les classiques chroniques romancées d’un quotidien de rappeur, sans la veine gangster qui eût été une hypocrisie au regard de sa vie. Et quand il se risque au jeu de l'égo trip, c'est pour flirter avec l'absurde et le comique du ridicule. Ses paroles peuvent parfois paraître enfantines, par leur franchise et leur évidence descriptive, mais derrière ces gentils airs, Roméo Elvis n’en oublie pas les thèmes fétiches, dans le rap, du sexe ou de la fumette et la crudité de leur champ lexical, sans tomber toutefois dans une vulgarité qu’il répugne. Et après, un Morale post-rupture où l'amour est vécu comme un mirage d'avant déception, Roméo Elvis a délaissé le thème du désespoir amoureux. Ses talents de conteur le rapprochent ponctuellement d’une lignée française qui ont en commun de savoir raconter des histoires : Mc Solaar, Oxmo Puccino, IAM et, dans une autre veine, Fuzati, qu’il cite volontiers comme une influence majeure. « La voiture », dans Morale, renvoie par exemple autant au Micro D’argent qu’à Lipopette Bar, dans le refrain ou par la place accordée à la narration pour le premier ; et dans l’ambiance polar pour le second. D'Oxmo Puccino on trouve aussi ce recours récurrent - mais devenu rare dans ses derniers titres - à des personnages, comme Johnny, son cousin dégueulasse, qui lui permettait de parler librement sans se livrer personnellement.

 

S'il s'est mis au rap tardivement, nourri par d'autres genres musicaux, tels que le jazz et ses grands noms (cf l'instru de « Drôle de décision »), Roméo Elvis revendique la prédominance du rap français dans ses influences et ne rechigne pas à être mis au rang du rap conscient, sans le versant désespéré, revendicateur et moralisateur du rap de banlieusard dont il est loin. L'importance donnée au texte dans le rap l'a attiré d'entrée de jeu. Et le bruxellois s’informe ; pousse des coups de gueule (contre la STIB, société des transports de Bruxelles, ou la RTBF) ; s’attache à déjouer les clichés (dans « Les hommes ne pleurent pas ») et frappe par des jugements où l’évidence n’est pas une antithèse d’un finesse d’analyse : « Le soir on rentre dans un bunker qu’on a appelé un foyer ». La maison, lieu de repos est aussi un enfermement, comme l’est la pratique solitaire de l’écriture, qui nécessite discipline et concentration : « J'ai passé tout l'hiver enfermé dans une prison logée dans ma tête/Pour faire germer des textes et des thèmes intéressants » (« Copain », Morale ). De ces heures de recueillement salutaire naissent ces idées qui ont fait d'ores et déjà fait de Roméo Elvis un incontournable.

1/9 à Dijon - 2/9 à Stekene (Belgique) - 8/9 à Leffinge (Belgique) - 22/9 à Marbehan (Belgique) - 28/9 à Saint Martin d'Hères - 30/9 à Outreau - 6/10 à Choisy Le Roi - 7/10 à Magny Le Hongre - 13/10 à Vauréal - 14/10 à Niort - 18/10 à Tourcoing - 27/10 à Vénissieux - 28/10 à Annecy

 

 


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