Disparition du chanteur brésilien Luiz Melodia

Actualités - par Philippe Lesage - 13 août 2017

luiz-melodia-apresenta-em-sao-paulo-e-no-rio-de-janeiro-show-do-novo-disco-zerima-1411419586961_v2_1920x1080.jpg


Trois ou quatre mesures suffisaient : le timbre si particulier de la voix, le phrasé et l’habillage des compositions signaient une présence, la forte personnalité de Luiz Melodia. On a longtemps, souvent, cherché à partager notre engouement pour lui, sans toujours y réussir. Tout n’était pas parfait, loin de là, mais son répertoire, surtout celui des années 1970/80 renfermait des perles qui seront à jamais inscrites dans la mémoire. C'est avec une tristesse infinie que nous avons appris le décès du chanteur et compositeur brésilien Luiz Melodia (Luiz Carlos Dos Santos pour l’état civil ; pour la vie artistique, il choisira le nom de son père, un sambiste de peu de renom qui endossait la classique vie bohème du « morro ; posture que ne reniera pas Luiz Melodia). Il est parti à 66 ans des suites d’un cancer rare de la moelle osseuse.


Look rasta depuis toujours, fervent adorateur de la maconha et des paradis artificiels, chanteur des marges, autant par son tempérament rebelle (il ne jouait le jeu du show biz que par intermittence) que par un style vocalet une poétique immédiatement identifiables, Il auramarqué de son empreinte la musique brésilienne sans avoir pour autant avoir formé une tribu de disciples. Entre irrévérence et inquiétude, il avait un univers bien à lui, marqué du sceau urbain, dressant le portrait social du Brésil et de la jeunesse d’une certaine époque (se reporter d’urgence à la magnifique chanson qu’est « Juventude Transviada » - jeunesse désaxée -  de son album Maravilhas Contemporâneas).


Né dans une favela du quartier de l’Estacio (le berceau et la matrice du samba carioca lors des années 1930), tout en révérant la musique noire américaine dont il s’inspire largement dans son phrasé et dans l’habillement des arrangements, il n’oubliera jamais d’où venaient ses racines : du samba, du choro, des musiques populaires d’Amérique Latine comme le mambo ou le boléro. Il chantera « A Voz do Morro » (la voix qui vient du morne où est située la favela) de Zé Keti, un merveilleuxsambiste des années soixante ; pour ce faire, il choisit de se faire accompagner par le clarinettiste Severino Araujo et son orquestra Tabajaras, soit un grandiose choc des cultures du passé et de son présent. Il chantera aussi en duo avec Miltinho, grande voix des années 50 ; et pour illustrer les rythmes latins, il fera appel au pianiste Joao Donato. Partout, il saupoudre ses créations d’une pincée personnelle en ne respectant pas les codes, entre autres, ceux du samba traditionnel, ce qui interdit de le classer parmi les sambistes mais qui explique aussi pourquoi la critique musicale le rangeait parmi les «  énergumènes », aux côtés de Joao Bosco ou de Jards Macalê.


Il obtiendra ses plus grands succès dans les années 70 après qu’il ait été découvert par les poètes Wally Salomao et Torquato Neto liés aux tropicalistes Caetano Veloso et Gilberto Gil. C’est alors que Gal Costa présente dans son album   Gal, a todo vapor la chanson «  Perola Negra » et que Maria Bethania reprend «  Estacio, Holly Estacio ». Ses albums personnels les plus réussis :  Perola Negra, avec la chanson « Ebano » (1973), Maravilhas Contempôraneasavec la chanson « Juventude Transviada » – jeunesse désaxée ( 76) ,   Mico de Circo ( 78) et Claro ( 85)
Peu connu en France malgré quelques concerts (Chateauvallon, New Morning en 2012…), Il faudra que le label anglais Mr Bongo se lance dans des rééditions et que Gilles Peterson porte la bonne parole pourque la presse musicale française s’empare enfin de cette œuvre étrangement dérangeante,  inclassable et si fascinante.


Autres articles

Comment

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out