Les Liaisons dangereuses selon Monk

Actualités - par Florent Servia - 11 août 2017

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Restée inédite, la session d’enregistrement du pianiste Thelonious Monk pour la B.O des Liaisons Dangereuses, de Vadim, a été dévoilée au grand jour l’année de son centenaire.


Le coup était soigneusement préparé. Sortir un inédit de Monk l'année du centième anniversaire de sa naissance, le jour du Disquaire Day, foire d'empoigne aussi attendue pour les chiffres qu'elle génère chez les différents acteurs impliqués que décriée comme opération marketing à l'âme mercantile. La découverte de Fred Thomas, patron et homme à tout faire de Sam Records, label spécialisé dans la réédition de choix, ne s'est pas concrétisée du jour au lendemain. Car après l'épiphanie, ce coup d'une vie pour éditeur se transforme en numéro d'adresse et de patience. Pas encore tombé dans la cour de récréation sans maître qu'est le domaine du libre de droit, l'enregistrement de Thelonious Monk pour les Liaisons Dangereuses de Vadim imposait une rencontre avec ses légataires avant commercialisation. On ne dîne pas avec l'héritage du Monk, sans une grande patience. Ce fut l'affaire de quelques années.


A l'époque Fred Thomas parcourait l'écume du ténor Barney Wilen, que l'on retrouve encore jeune sur ces bandes de 1960. Laurent Guenoun, gardien des archives de Marcel Romano l'informe avoir en sa possession des bandes étiquetées du nom du pianiste maître de la dissonance anguleuse. Monk plutôt que Wilen. On imagine la déception moindre. François Lê Xuan, de Saga Records, et Fred Thomas, évoquent dans les liner notes du coffret le silence et la jubilation de l’écoute des sessions, ainsi que « l’impression troublante d’être dans les Studios Nolas où avait eu lieu l’enregistrement, 55 ans plus tôt. »

On doit ce trésor à l'influence et au flair du producteur Romano qui conseilla Monk, alors au sommet de la légitimité qu’il connut de son vivant, à un Vadim conquis, pour la bande originale des Liaisons Dangereuses. Journaliste pour Jazz Hot, producteur de concert, manager, Marcel Romano usa de son influence, comme il l’avait fait en convoquant Blakey et ses Messengers pour Des femmes disparaissent, un film d’Edouard Molinaro. Vadim, lui, en fan de jazz convaincu, avait déjà fait appel au Modern Jazz Quartet de John Lewis pour Sait-on jamais. A l’époque, Louis Malle avait fait son effet avec Ascenseur pour l’échafaud.


C’est à New York que Marcel Romano dut organiser la session de Monk, en juillet 1959, dont l’agenda était devenu complexe. Dans ses valises, le producteur emmena avec lui, Barney Wilen. Là-bas, le jeune prodige français - de 20 ans le cadet de Monk - prit part à deux titres : « Rhythm-a-Ning » et « Crepuscule with Nellie ». Nous les avons découvert cette année. Comme « Light Blue », qui ne figurait jusque là sur aucun des enregistrements studio de Thelonious Monk. Tombée dans l’oubli des archives de Romano, la session du pianiste n’avait jamais été exploitée ;  contrairement à l’enregistrement de Art Blakey, qui fit bien l’objet d’un disque sur le label Fontana. Accompagné des fidèles Charlie Rouse (ténor), Sam Jones (contrebasse) et Art Taylor (batterie), Monk joue certaines compositions célèbres de son répertoire devenu incontournable : « Well, You Needn’t », « Pannonica » ou « Rhythm-a-Ning », « Crepuscule with Nellie », « Ba-Lue Bolivar Ba-Lues-Are ».

Le coffret est disponible en vinyle et cd, accompagné d'un livret où des photos de la session, en couleur et en noir et blanc, ainsi que des textes de Alain Tercinet, Robin D. G. Kelley et Brian Priestley replacent la session dans son contexte et donnent une raison supplémentaire de chérir ce document historique.

Les coffrets : cd ; vinyle


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