Yazz Ahmed, ou le psychédélisme à l’orientale

Actualités - par Renaud Alouche - 13 mai 2017


Embarquez dans un voyage spirituel avec Yazz Ahmed, dans sa route du Royaume de Barhein à Londres, la finesse de la trompettiste ne vous laissera pas indifférent.

Depuis la sortie de son premier album Finding My Way Home en 2011, Yazz Ahmed se fraye un chemin au cœur de la capitale en pleine ébullition musicale, très inspirée par les grands maitres comme Dizzy Gillespie, Woody Shaw ou encore Miles Davis, ses influences passent aussi par les musiciens britanniques Tubby Hayes et Jimmy Deuchar. Ayant grandi à Bahreïn, son univers se compose aussi d’inspiration mésopotamiennes : « Il m’a fallu un moment pour trouver ma propre voix, et même si c’est en constante évolution le commencement a été marqué par la redécouverte de mes origines bahreïniennes ». Après la découverte de l’album Blue Camel de Rabih Abou-Khalil et Kenny Wheeler, Yazz Ahmed est parvenue à lier ses fondamentaux scolaires du jazz et ses inspirations natives : « Il y avait là les sons et les goûts qui faisaient intégralement partie de mon âme, en temps qu’enfant élevé au Bahreïn, qui se sont combinés à mon étude des disciplines du jazz par la suite. Quelque chose s’est déclenché à ce moment là, et je me suis senti poussée à l’exploration de ce nouveau monde »

La trompettiste est par la suite apparue sur quelques collaborations, aux côtés d’artistes tels que Max Romeo, Lee ‘Scratch’ Perry ou même Radiohead sur leur session King of Limbs, cette expérience ayant apporté beaucoup à Yazz Ahmed en observant l’équipe de Tom Yorke en studios : « Ca m’a ouvert les yeux et oreilles sur des nouvelles techniques d’enregistrement et comment utiliser le studio comme un outil de composition ». Avec un second album nommé La Saboteuse, la trompettiste revient sur les devants de la scène, après avoir accumulé de nombreuses expériences en studio et en live, il est temps pour elle de présenter le résultat de son exploration dans les confins de son univers. Cette première sortie chez Naim Records s’accompagne de nombreuses collaborations. Et l'on retrouve des artistes comme Lewis Wright sur vibraphone, Naadia Sherriff sur fender rhodes, Noel Langley à la trompette et production, ainsi que Shabaka Hutchkins sur sa fameuse clarinette basse : « Je connais Shabaka depuis longtemps, on a étudié au Guildhall ensemble en 2005, j’ai toujours été fan de son univers, particulièrement du son de sa clarinette basse (…) Sa maitrise de l’instrument lui permet de se relever les challenges que je lui apporte sans aucune crainte, avec beauté et puissance. J’adore l’énergie enivrante qu’il apporte à ma musique, il me rend heureuse ! »

Oscillant entre mélodies orientales et phrasés de jazz remplis de finesse, l’univers psychédélique de Yazz Ahmed prend forme sur les treize morceaux composant La Saboteuse, offrant un résultat cosmopolite et pourtant très homogène. La pochette relate à merveille l’esprit que la trompettiste apporte à son album, les illustrations de Sophie Bass mettant en exergue le fort message de paix, tout autant que les inspirations variées et l’aspect introspectif profond de cette sortie. Sorti en plusieurs chapitres, chacun d’entre eux possède son caractère propre, ainsi que son illustration. Le second a trouvé le nom de The Shoal of Souls après que Yazz ait vu le dessin : « ce dernier m’a inspiré à composer une nouvelle piste reflétant le flux constant des migrants ayant coulé dans la méditerranée ces dernières années ». C’est là que l’on retrouve « Al Emadi », morceau puissant avec un caractère dramatique dont la composition complexe nous permet de voyager dans le temps et dans l’espace, vers les batailles navales en temps de croisades, toutconservant l’aspect psychédelique qui fait son charme. Le message fort transporté par cette chanson fait écho presque un millénaire plus tard, toujours sur une problématique similaire.
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nspirée par ces sonorités orientales depuis peu de temps Yazz Ahmed doit beaucoup à Nassim Maalouf, qui, en apportant le piston à quart de ton sur les trompettes, a permis à des joueurs comme son propre fils Ibrahim de jouer des mélodies arabes sur l’instrument: « depuis ma rencontre avec Ibrahim Maalouf, j’ai la volonté de développer ma propre musique en utilisant ces sonorités obsédantes pour créer un style contemporain et propre à moi-même ».

Sur « Beleille » on se laisse enivrer par une approche très moderne des sonorités orientales. A l’aide du touché de Nadia Sherriff, ces sept minutes exposent avec brio tout le talent des musiciens présents pour cet album. Créant dès le départ une atmosphère planante, les phrasés des cuivres nous emmènent dans une sorte de transe arabique rythmée par une ligne de basse d’une haute précision.

La Saboteuse est donc un projet bien accompli, composé de musiciens de talents, il ajoute au paysage musical oriental une nouvelle pierre, confirmant les fortes influences que ce dernier a sur la scène londonienne actuellement. Nouvelle figure de proue aux cotés de Yussel Kamal, Shakaba Hutchkins et autres, Yazz Ahmed a déjà de nouveaux projets à l’horizon, à commencer par un tournée, puis une collaboration avec le pianiste Tarek Yamaniet, bien sûr, la préparation d’un troisième album déjà nommé Polyhymnia qui mettra en valeur des modèles féminines historique. Vous l’aurez donc bien compris, voilà une artiste à suivre, sans modération.


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