Dans la chambre noire de Tony PAeleman

Actualités - par Florent Servia - 25 avril 2017

@Sylvain Gripoix

@Sylvain Gripoix

Qui côtoie le jazz en notre capital a déjà entendu son nom. Tony Paeleman, pianiste et ingénieur du son, sort Camera Obscura, son deuxième album, après le remarqué Slow Motion, en 2013. Il joue, ce soir, au Studio de l'Ermitage.

Il chérit la mélodie, qui lui « tient à cœur », sans jamais abandonner la riche dialectique de l’ordre et du désordre. De ces marottes raisonnables en leur union, Tony Paeleman sait tirer une musique séduisante pour le plus grand nombre sans qu’elle ne devienne insipide ni ennuyeuse. « J’adore les formes à tiroir, avec des choses qui ne reviennent pas : le A qui amène au Bqui amène au C. Ca se déroule et on ne revient jamais à la forme d’avant ». Mais avec une attention particulière portée à la durée des titres : ne pas abuser des bonnes choses, ne pas prendre le risque de diluer le plaisir dans des longueurs inutiles. Sans que cette règle ne devienne d’or et ne limite les exceptions.  « Comment c’est possible de faire un morceau de 17 minutes avec solo de basse, solo de piano, solo de sax, resolo de basse, trois expositions de thème…?  Non ! Il faut que ce soit plus condensé, plus percutant, sans redites ! En tout cas moi je réfléchis sur les formes.»

Et ces formes participent au contenu, ici hétéroclite : « Mon album raconte une histoire. J’adore les albums courts, presque concept. ». Il a le titre expressif, à défaut d’être original. Camera Obscura. La chambre noire dont on devine que les instants capturés racontent une histoire captivante, emmené par des accompagnateurs parfaitement en phase avec l’ascendant mélodique du pianiste : Pierre Perchaud à la guitare, Julien Pontvianne, Emile Parisien ou Christophe Panzani aux saxophones. Même le contrebassiste, Nicolas Moreaux, fait chanter sa contrebasse !

« Le premier album était vraiment sur le cinéma, les paysages, le film. Pour celui-là, je me suis plus intéressé à la photographie. C’est comme si ma tête était une chambre noire. Je réceptionne ce que je perçois du monde et je le réimprime en musique. L’idée d’une zone intime me plaisait bien.» Il avait pensé illustrer l’idée sur la pochette par un portrait noir et blanc de son visage, avant que le pianiste Adrien Chicot ne le double et que son photographe ne trouve une idée plus forte : « Sylvain Gripoix a alors eu l’idée de projeter une photo au diapo sur moi, à l’envers. Et c’est lui que l’on voit sur la photo utilisée. J’aime cette mise en abyme, que le photographe soit dans sa photo. »

Sous ces multiples couches personnifiées, on note un goût pour des notes traînantes qui créent du liant dans des structures en mouvement, faites de décalages et petites bousculades, de cassures en changements de tempos fréquents. Lui répond adorer « les phrasés très cisaillés et les phrases parfois hors du temps, pas calées dans le début rythmique. » Avec en tête de pont de son appétence, le pianiste Aaron Parks : « Il a un phrasé complètement chamallow qui me fait surkiffer. Son placement rythmique m’inspire beaucoup ! » Même chose pour Bill Carrothers qui « peut jouer 16 mesures carrément hors du temps, des croches longues pas du tout en place qui sont en fait complètement maîtrisées. Tu as l’impression que le temps s’étire et tout d’un coup il relâche, ça revient et il est hyper tight. Jouer dedans, derrière le temps… J’adore les musiciens qui sont souples sur ça. » Dans ce jeu avec le désordre, l’ostinato entêtant apporte une forme d’ordre dans les compositions de Tony Paeleman. On s’y accroche. Il joue avec. « S’il y a des motifs répétitifs, que j’adore, je vais chercher ma liberté ailleurs, dans ma manière de phraser en solo. Dans le 2ème morceau, par exemple, le début est très linéaire avec deux accords, et ensuite j’ai fait un thème complètement biscornu, avec un ambitus hyper large qui a, je pense, ni queue ni tête. J’aime l’étrangeté que fait ce thème chelou avec deux accords dessous qui sont plutôt “normaux”. »


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