Troupeau Bleu séduit les jeunes au New Morning

Par Sophia Bianconi - 8 février 2017

 

En ce début d’année 2017, c’est à guichet fermé que jouait Cortex pour sa troisième venue au new morning. Curieuse et intéressante traversée des époques pour ce groupe mythique des années 70 qualifié de « jazz funk addicts » et qui animait déjà les foules alors que la mythique salle parisienne n’existait pas encore à Paris. Laissé endormi depuis la fin des années 90 par son créateur, préférant se concentrer à des formations jazz trio ou quintet, c’est des US que vient l’énergie du renouveau, et c’est samplé par Lupe Fiasco, Rick Ross ou encore Madlib que Cortex renait.

Si on ne peut certifier que la reprise des poids lourds du hip hop américains (et japonais cf wize) aura contribué à l’aura du groupe à travers les générations (et on connait l’avis partagé d’Alain Mion sur ces « samples illégaux »), on ne peut qu’observer la jeunesse de la salle. Moyenne d’âge 30 ans et un véritable enthousiasme. Pour eux une rencontre, celle d’un mythe du jazz, d’un nom, de sons associés jusqu’alors à une image figée ou virtuelle, incarnés maintenant à quelques mètres d’eux pour une soirée.

Egal à lui-même, le jazzman ayant traversé les époques s’empare de la scène pour ne plus la lâcher pendant 2h30. Oublié la barbe et le pull col roulé blanc des seventies, c’est casquette rouge vissée sur la tête, chemise blanche et veste noir que le showman vient à la rencontre de son public dans l’attente de ses morceaux historiques. Entre anecdotes et digressions, le showman tient la scène, interloque un public de connaisseurs conquis. A peine le titre énoncé que la foule manifeste son enthousiasme, ils sont venus pour entendre, écouter, voir, observer, vibrer au son du « Troupeau bleu », 1er album du groupe. La rue, chanson d’un jour d’hiver, les tubes s’enchainent alors que se glissent quelques compositions nouvelles.

Reformé dans les années 2 000 - sur proposition de Peter Barton, le bassiste de The Animals – le virtuose du piano, entouré de sa nouvelle formation, a gagné en aisance et ne propose pas de simples reprises, mais fait évoluer les morceaux, propose de nouveaux arrangements.

Le « grand piano » est parfois remplacé par le clavier Fender, les medleys viennent ponctuer la soirée, le défi d’Alain Mion : inspirer un renouveau tout en conservant l’authenticité. C’est également grâce à ses partenaires sur scène que le renouveau est incarné. Voix cristalline pour Adeline de Lepinay, les solos de saxophone s’enchainent alors que la basse et la batterie tout en retenu apportent la finition nécessaire à la prestation, une discrétion saluée qui sert la composition.

Bientôt le dernier morceau, accompagné par un demi-verre de vin, et un conseil : « se lâcher ». Le morceau sera bien le dernier avant un « il est l’heure d’aller se coucher ».

Quelques mots pour finir sur le travail en coulisse de Verveine Production. A l’image du public de la soirée, cette jeune société partie d’une aventure associative, a pour philosophie de « supporter des artistes aux sonorités et aux univers différents pour décloisonner les genres et proposer aux oreilles averties une offre musicale accessible et de qualité ». Pari donc réussi pour les créateurs du groupe Kodäma et organisateurs d’évènements éclectiques tout au long de l’année, plus connus peut-être pour occuper régulièrement la ferme du bonheur « Mamie Bonheur » (pour les parisiens et la couronne petite ou grande). A quand le prochain concert ?


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