Samuel Strouk à pas feutrés

Actualités - par Flore Caron - 19 novembre 2017

Samuel Strouk vient de sortir son premier album, Silent Walk : balade introspective, éclectique, aux couleurs inédites … Transcendante ! Difficile de ne pas adhérer devant tant de richesse sonore ! Il sera au Café de la Danse le 27 novembre.


Reflet d’un parcours musical …
Samuel fait écho, dans ce premier album, à sa propre formation musicale : entre jazz et classique. L’artiste explique qu’il superpose les techniques de composition des deux genres en tendant à joindre les rythmes ainsi que le « lyrisme de la musique classique » aux harmonies et « au groove qui n’est pas du tout présent dans le classique ».
Il a étudié la guitare classique au Conservatoire de Montpellier - dans lequel il s’inscrit initialement avec l’envie de rock. Mais malgré une formation académique – et grâce, entre autres, à l’ouverture d’esprit de son professeur de guitare, spécialiste de Jimi Hendrix - il cultive  un intérêt pour les autres musiques tout au long de son parcours. Le jazz, bien qu’il l’ait découvert assez tard, ne fait pas exception à la règle ! Pendant longtemps cette curiosité fera l’objet d’une pratique autodidacte mais assez tardivement dans sa formation il décide d’étudier le jazz. Et pour ce faire il débute auprès de Bernard Maury, héritier de Bill Evans, au conservatoire du neuvième arrondissement. Pédagogue hors pair, Monsieur Maury n’a fait que confirmer l’affinité que l’artiste avait alors pour le jazz.  
Quant à la composition  Samuel s’y intéresse très vite : à quinze il écrit déjà mais pour lui-même. Cette pratique solitaire ne lui convenant pas, il se met alors à composer pour des groupes dans lesquels il joue puis pour honorer des commandes.
… Et Emotionnel
Symbole fort : Samuel veut « démontrer son parcours personnel » dans son premier album. Il met en œuvre cette volonté dès les premières mesures en nous donnant à entendre un riff autour duquel tout le premier morceau, « Lands », est structuré. Ce riff, confie-t-il, c’est celui qu’il avait trouvé quand il avait quinze ans lors d’une « soirée entre potes ».  Il y a aussi « Grey Street », morceau tinté d’un caractère mélancolique - état d’esprit dans lequel Samuel se trouve après avoir pris conscience d’une profonde injustice. Sa vie est à son apogée, un bon salaire, une carrière qui décolle, une vie sociale épanouie … Il prend le brunch en terrasse sous un  ciel ensoleillé lorsqu’un SDF vient lui demander du pain. Toute son euphorie retombe alors et Samuel, désappointé rentre s’enfermer chez lui pour composer le morceau qui deviendra par la suite la septième plage de Silent Walk. L’artiste fait également référence à sa famille puisqu’il écrit le morceau « Sister » pour sa sœur.
Beaucoup de lui-même dans cet album, donc, sans pour autant qu’une feuille de route ne nous soit imposée. Au contraire l’artiste souhaite que cette promenade soit la notre. Il explique que « chacun doit se faire son propre parcours ». Silent Walk est bien à envisager comme une balade silencieuse. Une flânerie pendant laquelle on se laisse surprendre par les idées qui nous viennent en tête, les paysages qui se dessinent sur notre chemin, les atmosphères qui nous entourent. Quand on écoute sa musique, on s’approprie les différentes ambiances qu’il nous propose et on y associe nos propres images, nos propres souvenirs. « Tu découvres des choses et tu les prends pour toi » : tel est le souhait de l’artiste.
Et c’est par un principe de composition qui lui est cher que Samuel nous propose cette promenade : le changement constant et parfois brutal d’atmosphères.  Changements qui ne sont pas à interpréter comme des coupures mais plutôt comme des évolutions. En effet le CD n’est pas une succession de pistes qui n’ont aucun lien entre elles : c’est une inlassable métamorphose du point de départ. L’artiste explique que cette mouvance perpétuelle est le moyen de garder l’attention de l’auditeur mais qu’elle permet aussi de proposer des choses très différentes qui évoqueraient à chacun « quelque chose de fort affectivement ». On passe par des changements intérieurs extrêmes : la mélancolie, la folie, la nostalgie, la contemplation, l’angoisse, l’égarement … Et cela à travers différentes couleurs : de l’orchestre de chambre classique aux steppes asiatiques, de la musique tonale, à la musique atonale en passant par la musique modale … etc. Les morceaux évoluent les uns vers les autres mais aussi intérieurement.


« On peut le parcourir comme une seule pièce » suggère Samuel. On part de Lands. Cette « terre » c’est le départ de la balade mais c’est aussi un départ allusif puisque Samuel y fait écho à ses premier pas dans la composition. Pour lui c’est un « moment d’intensité émotionnelle ».  Ce premier morceau, de surcroît, « permet d’accueillir tout le monde dans le son » dit-il. Puis Remember in, nostalgie de l’endroit où nous étions avant, de ce passé proche mais révolu, en mi mineur. On évolue ensuite vers Grey Street en si mineur, tonalité assez proche mais qui marque une évolution. Vient ensuite le moment de la métamorphose : Green be, morceau dans lequel interviennent de grands changements intérieurs. Puis sursaut ! Zona : « on se réveille, on est fou » déclare Samuel. On repasse finalement à quelque de plus calme avec Sister, très fort émotionnellement, très lyrique. En conclusion Dawn of silence, contemplation finale. On est ramenés à la réalité, à ce silence initial …
 

Eclectisme
L’artiste utilise des procédés d’écriture propres à la musique contemporaine mais rejette l’atonal pur. On finit toujours par retomber sur quelque chose de confortable et on reste la plupart du temps bien installés dans une carrure rythmique. Samuel prône l’éclectisme et rejoint sur ce point Léonard Bernstein qui pensait que l’avenir de la musique savante ne se trouvait pas dans la musique atonale mais dans une rencontre entre différents horizons musicaux. Pour cela Samuel n’hésite pas à puiser partout, dans le blues, le rock, le jazz … Mais aussi dans les musiques qu’il a découvertes à travers ses nombreux voyages : « J’aime tout ce qui m’émeut et tout ce qui me fait vibrer » dit-il. C’est pourquoi on peut entendre des influences de musiques traditionnelles africaines, asiatiques, latines …  Influences qui résultent d’expériences humaines et musicales très riches pour Samuel puisque quand il se retrouve dans des pays où la barrière de la langue exclut toute forme de dialogue il ne reste plus qu’un moyen de communication : la musique. Et Samuel témoigne, non sans émotion : « et on arrive à jouer ensemble quasi instantanément ».
Ce style si riche, peut-être que Samuel ne l’aurait pas autant assumé s’il avait été reçu dans la classe de composition du conservatoire lorsqu’il avait dix-sept ans. A l’époque la musique tonale est souvent bannie dans ces classes, où désormais la musique atonale apparait comme le seul  langage légitime. C’est peut-être parce que Samuel ne veut pas se conformer à une seule école qu’il se verra refuser l’entrée dans la classe. Mais c’est peut-ce aussi ce qui lui a permis d’être parfaitement libre et ainsi de créer son style en allant puiser là où il voulait. A l’écoute de son album on peut juger que c’est une  réussite, et pas des moindres !


Une rencontre étonnante
La formation (accordéon, violoncelle, contrebasse, clarinette en sib et basse, guitare)  peut paraître étonnante mais elle contribue largement à la patte de l’album. Elle n’est pas le fruit du hasard : il y a déjà le « noyau de départ », c’est ainsi que Samuel le nomme. Ce noyau c’est Vincent Peirani, François Salque et lui-même. Il choisit ce trio sans hésitation puisqu’il connait et désire ce son-là : « j’avais le son bien dans l’oreille » explique-t-il. Mais il manque une couleur jazz, d’où l’ajout de la contrebasse et de la clarinette. Pas de percussion par peur, cette fois ci,  de trop se rapprocher d’une formation jazz et en cela de ne pas pouvoir faire entendre une esthétique classique quand il le souhaite. Mais Samuel écrit avant tout pour des personnes. Il écrit pour eux avant d’écrire pour leur instrument et il insiste beaucoup sur ce point. C’est  au-delà de la recherche de timbre pure, c’est une question de personnalité musicale. Pour Samuel « l’album sonne parce que c’est eux ». Ses compositions nécessitent selon lui « l’apport de la musicalité des gens qui sont là ». A noter cependant, le compositeur déclare s’être beaucoup inspiré de l’album Charm of the night sky de Dave Douglas dans cette recherche sonore : formation avec accordéon,  contrebasse, violon et trompette.


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