Les caraïbes de Zara McFarlane

Actualités - par Florent Servia - 19 novembre 2017

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Elle s’était faite diva pour sa première sortie. Dans Until Tomorrow, Zara McFarlane avait endossé la robe des grands soirs, celle que les sommités du jazz vocal se lèguent pour habiller leur voix. C’était en 2011. En 2017, l’éloge faite à ses Caraïbes généalogiques l’éloigne un peu des harmonies puissantes et sobres de ses débuts.

Elle avait déjà exploré le reggae, avec « Police and Thieves » de Junior Murvin dans If You knew her et, dit-elle, même dès Until Tomorrow de façon moins flagrante. De parents jamaïcains, la chanteuse londonienne s’est nourrie dès l’enfance d’écoutes épiphaniques au cours de nombreux voyages. Aussi goûte-t-elle peu de devoir expliquer comme nouveau l’ancrage caribéen de Arise, son dernier disque. « Il y a toujours eu une influence reggae dans ma musique, peut-être était-elle moins visible. Mais j’ai grandi avec, donc c’est là ! ». Ce qui était en filigrane est désormais martelé par des rythmes caribéens dans lesquels le batteur Moses Boyd, lui-même d’origines caribéennes, excelle. Ce dernier nous avait confié l’importance qu’il donnait à cet héritage, pour le portrait que nous avions dressé de lui. Celui que Zara avait rencontré au sein de l’organisation Tomorrow’s Warriors, dont ils sont tous deux bénéficiaires, était tout destiné pour produire l’intégralité d’Arise. Ce dont il se félicitait l’an passé, tout heureux de s’être lancé dans cette première fois pour lui. Pas n’importe laquelle, puisque Zara McFarlane s’est forgée un petit nom de déesse soul-jazz auprès du pape Peterson, gourou international par ses épopées musicales (son label Brownswoods et les dérivés du Worldwide, émission radio, festival, puis webradio). Auprès d’elle, Moses Boyd a distillé ses propres retours aux sources, ajoutant le calypso au reggae, lui dont les origines se trouvent du côté de la République Dominicaine autant que de la Jamaïque. A la source, Zara écrit au piano puis travaille la base de l’instrumentation et de la composition à l’ordinateur, avec des influences qui la guident dans son envie « d’instaurer plus d’influences caribéennes ». Du point de vue harmonique, « The Congos, The Technics, The Agostinians sont tous des artistes de reggae qui m’ont influencé d’un point de vue vocal ; du point de vue rythmique, j’ai été influencée par les débuts du reggae, les premiers rythmes : Momento, Cumino. Certains sont aussi vieux que la fin du 18ème siècle ! ». Du rocksteady elle a tiré l’envie de jouer avec les harmonies vocales, en superposant ses voix, restant secrète quant à la traduction du procédé sur scène. Va-t-elle s’aventurer dans le jeu des loops ou la jouer plus sobre ? Sur disque, il en est revenu à Moses de transcrire les intentions de la chanteuse : « en aiguillant les musiciens avec des références de styles ou d’artistes en studio ; et en post-production, avec des ajouts dans l’instrumentation : orgue, mélodica, guitare… », dit-elle pour mieux expliquer son rôle.

Le choix des musiciens fut tout aussi naturel que la recommandation de Moses Boyd comme producteur par Peterson. Tous n’étaient pas présents sur les enregistrements précédents mais se connaissaient de l’Organisation Tomorrow’s Warriors, un soutien de taille qui veille à la réussite de ces jeunes musiciens anglais. Il n’y a que les paroles qui ont tardé à germer dans l’esprit de la chanteuse. Elle confie avoir eu quelques difficultés dans l’écriture de ce troisième album : « pour la première fois, la musique est venue en premier. Ce n’est qu’avec le temps que les paroles se sont dessinées et ont pris une tournure socio-politique. Dans Until Tomorrow, je parle de société, pas d’amour ». En image, ça donne une tenue de combattante sur la pochette de disque : veste kaki et béret rouge à l’imaginaire militaire. « Au départ, nous nous sommes inspirés du Londres des années 70, quand beaucoup de gens portaient des bérets. Au final, cela fait penser à la guerre et à Cuba ! (rires). Nous voulions également les couleurs de la Jamaïque sur la couverture ». Ou comment illustrer tout un disque sur une pochette.


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