Guilhem Flouzat, de l'art spatial à l'art temporel

Actualités - par Axel Delabrosse - 26 octobre 2017

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Après deux disques de compositions, Guilhem Flouzat s'attaque au Great American Songbook avec, comme à son habitude, des musiciens de premier plan : Desmond White et Sullivan Fortner. Ils seront en concert au Sunside, à Paris, les 31 octobre et 1er novembre.

Tableaux de maîtres

Avec son disque "Portraits" il y a deux ans, Guilhem Flouzat donnait sa vision intimiste de la scène New-Yorkaise en adressant des pièces à sa famille musicale. Transcrivant des mécanismes et sensibilités propres à chacun de ses membres. Un album brillant, profond tant dans les harmonies, que dans les structures et riche du nombre de musiciens présents à l'enregistrement.
La présence de Laurent Coq et Can Olgun au piano, de Ben Wendel au saxophone et Desmond White à la basse, un ami de longue date également présent sur le dernier disque.

Le dernier opus place son cadre autour de Desmond White - de Perth - et Sullivan Fortner le pianiste Néo-Orléanais. Le batteur avait prévenu dès son debut album qu'il prendrait "One Way or Another", le moment est venu de constater que le batteur a emprunté "one way and the other".

Le titre est une référence au standard d'Harold Arlen et Yip Harburg : "Happiness is a thing called Joe". Un standard issu de la comédie musicale "A Cabin in the Sky" (MGM 1943), dans laquelle le protagoniste doit se racheter de ses mauvaises actions pour prendre place au paradis.
Le musical du trio lui, débute et se termine en ces termes :

Le Great American Songbook à l'honneur

Les trois amis se sont retrouvés pour définir ce répertoire et l'enregistrer dans la foulée. Un dîner, un arrangement minute qui place la mélodie au coeur d'une conversation qui semble écrite de A à Z tant l'improvisation est fournie et humble à la fois. Privilégiant l'homogéneïté et la modernité du discours sonore à sa profusion. L'espace est rempli de façon élégante, l'espace disponibles dans les ballades ("Midnight Mood"; "Happiness is a thing called Joe") laisse à l'auditeur l'espace de construire ses propres arrangements de cordes. Ces chansons à proprement parler, ont été jouées de sorte à ce que la mélodie ressorte limpide de l'exercice, malgré une conversation animée entre les trois esprits. La ballade "There is no You" composée par Hal Hopper ouvre l'album. Exécutée avec une retenue et brio dépassant l'entendement, on peut presque entendre les voix de Frank Sinatra et/ou Jo Stafford sur le texte de Tom Adair :

In spring we'll meet again; we'll kiss and recapture
The summertime rapture we knew and from that day
Never more will I say, "There's no you"
Réalité augmentée

Le travail de graphiste continue alors sur ces esquisses de standards, en y ajoutant cette touche de modernité et ce contrôle du continuum . La maîtrise de la perspective sur le joyau "When I Fall in Love", sa lente progression pointilliste sur les toms est d'une rare prestesse. Cet album est la représentation sonore du transfert de style par réseau neuronal. Le standard est là sur le pupitre, et le trio en augmente la réalité afin de le transcender. Mêmes instruments, époque différente. On ressent dans le jeu de Fortner la poésie d'Evans, la force des blocks chords de Garland et l'impétuosité de Jamal ainsi qu'un bel hommage à T. Monk sur "Oska-T". Cette teinte est largement mise en valeur par la sobriété et l'efficacité de la contrebasse de White. Qui atteint son climax lors du solo sur "Midnight Mood". On dénote dans la batterie énormément d'influences traditionnelles et latines en plus du bop. Pour ce qui est de comparaisons nominatives elle sont inutiles, et ne pourraient durer dans le temps étant donné la capacité de renouvellement dont à fait preuve le batteur jusqu'à présent. Le jeu de Guilhem Flouzat n'est ni la somme d'un lot d'influences, ni l'opposé d'une mouvance. C'est une entité propre, ciselée et poétique. Un leader talentueux, bop, cool, et audacieux à la fois. "A Thing called Joe" servira aux générations à venir, possiblement autour d'un dîner holographique, à réveiller une autre partie de ce catalogue. Et il ne tient pour l'instant qu'aux auditeurs de le faire voyager dans notre temps.


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