Le concert de clôture du festival Jazz à la Villette, ce dimanche 11 septembre, organisait à la Philharmonie un concert autour de l'oeuvre de McCoy Tyner, jouée en trio avec trois immenses pianistes : Craig Taborn, Geri Allen et enfin McCoy lui-même. Dans un concert remarquable d'intelligence, de jazz, de talent et de solide humanité ; notre rédacteur restitue des impressions d'une subjectivité et d'un inintérêt certain.

 

« Passion Dance ». Un enfant dort à la sortie du tunnel de la porte de Pantin, enroulé dans un carton, kilim absurde. Une raclette pour laver les carreaux meurt à côté de lui, et puis passent les voitures. Au feu rouge, une syrienne mendie aux automobilistes, pantin désarticulé, marteau pare-brise. Plics et plocs, les essuies glacent le ciel gris de Paris de nouveau là. L'été revient demain dit la météo. Passion Dance. Marteau, les mains de Craig Taborn sur son piano. Arlequin désarticulé derrière les fûts, Francisco Mela, un peu du souffle d'Elvin Jones aux gestes amples. La construction d'une phrase sous le boulevard périphérique : changez votre vie ! Ici, projet de rénovation à partir d'août 2014. FAMILLE SYRIAИE. Freestyle hip-hop à Aubervilliers (93). Fa Do La Fa Sib Mib Do. Ici, la mairie de Paris investit pour la culture... Sol !

Francisco Mela.

Francisco Mela.

Au fond d'un chinois, avenue Jaurès. Seules la télé, les infos en continue et la patronne : « tout le monde se souvient de ce qu'il faisait le 11 septembre ». Craig Taborn était déjà seul, à son piano, avec beaucoup de McCoy pour devenir musicien. A l'entrée du Carnegie Hall, des atomes d'humanités s'isolent pour lever les bras et ouvrir leurs sacs devant des costumes bon marchés et des talkies walkies sympathiques, s'efforcent de se croire un public, un groupe, d'oublier qu'ils sont une foule, cette foule qui ne sait pas faire foule, même lorsqu'elle fête, festive et festivalise. Un signal lumineux en 16 bits défile lentement : sécurité, prenez garde au terrorisme jazzophobe. Ici, on investit pour la culture, le partage, l'échange et la différence. Nul n'entre ici s'il n'est dominant. La construction d'une phrase n'a pas toujours les mêmes destins : Craig Taborn, seul au bord de l'ennui. 50€, EE74, étage 4, Porte D, contrôle 2. Mélodies de McCoy, respiration d'un souffle au bout de l'horizon. Tout le monde se souvient de la première fois qu'il a attendu McCoy. Allez...

Gerald Cannon

Gerald Cannon

Le Carnegie Hall s'est apprêté : une ministre, un peu d'ISF, cinquante journalistes et trois fois plus de musiciens, des passionnés de toute l'Europe. Le Carnegie Hall est une tour de Babel, qui s'amuse de la dernière trombe endiablée de Craig Taborn. Et McCoy Tyner est la raison pour laquelle je suis devenu pianiste... Dans le hall du Carnegie, des bonimenteurs gueulent fort le prix de leurs disques avec des vrais morceaux de musiciens dedans : un hommage à Chet Baker, un hommage à Coltrane, un hommage à Miles, un hommage à Monk, à Pink Floyd, à Yvette Horner... Geri Allen, prêtresse solennelle, entame son rituel, conservant l'aide précieuse de Francisco Mela le fou et Gerald Cannon l'inébranlable. L'esprit a mille faces, et Geri dévoile toutes celles que Craig Taborn n'avait pas invoquées, en laisse autant d'inexplorées. Laissée seule, elle apprend à la foule que son cœur pouvait chanter, par les mille détours d'une langue onirique et complexe. Ce n'est pas un hommage, l'esprit était vivant. Le voilà.

 

Il marche mal, l'esprit, aidé d'un santero à peine initié qui lui présente le tabouret. Il n'est pas tout à fait en place, mais Francisco Mela et Gerald Cannon remplisse les blancs. Il est restreint, contraint, si là. Et la foule n'est plus tout à fait qu'une foule, pour trop de raisons dont on ne retiendra que le fait que la principale était la musique, et pas n'importe laquelle. Le jazz. Oui, ce truc existe encore, qui apprend parfois à désatomiser en repassant les portes vitrées du Carnegie Hall sous le dégueulement vertige de boudin – sa façade, gloire du génie français ! Des sourires aux becs, la tour de Babel qui piaille une sorte d'unisson. Un journaliste dresse la liste de tous les pains de McCoy pour la télégraphier à la rédaction, bientôt la presse ! Sur le boulevard, un couple comme il y en a tant à Paris, fredonne. Fa Do La Fa Sib Mib Do. Le tunnel de la porte de Pantin n'abrite plus depuis longtemps les poursuites de films policiers avec Alain Delon, mais on voudrait presque une enquête ; car quelque chose s'est passé, pourtant... Sol !

Craig Taborn, Geri Allen, McCoy Tyner : piano / Gerald Cannon : contrebasse / Francisco Mela : batterie

Et comme il n'y a pas de mal à se faire du bien :


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