Parti enregistrer un disque à Rio de Janeiro, l’unique dj anglais Gilles Peterson est parti à la recherche de Tam Tam Tam, un vinyl brésilien presque introuvable. C’est en 2014, alors que la Coupe du Monde se profilait, qu’il met les pieds au Brésil suivi d’une équipe pour filmer le tout et produire un documentaire disponible gratuitement depuis hier sur Viméo, après avoir été diffusé dans plusieurs festivals. 

Le Worldwide de Gilles Peterson est une marque qui ne cesse de grandir. Après son émission radio internationale (diffusée sur Radio Nova en France) et son festival à Sète, le Worldwide aura dès septembre sa propre webradio.  

Dans ce document inédit de 1h15 apparaît tout ce que l’on pouvait s’imaginer d’une épopée vécue par l’influent dj anglais. Des disquaires, des séances de studios et des rencontres avec les plus grandes légendes locales et internationales. À Rio de Janeiro, Peterson est reçu avec amour par tous ceux qu’il croise sur son chemin. Connu et respecté pour son travail, il est complimenté de tous. Seu Jorge, par exemple, souligne que « Tout le monde ne peut pas se rendre dans un autre pays et une autre culture que la sienne et faire leur musique correctement. C’est dur de le faire aussi bien que Gilles Peterson a fait ». Brasil Bam Bam Bam explore des sélections petersoniennes du répertoire des musiques brésiliennes avec quelques guests d’exception, tels que Marcos Valle, Nana Vasconcelo, Gabriel Moura, Seu Jorge ou la légende Elza Soares que l’on voit pleurer, et faire pleurer ses camarades, en studio, conquise par la toute-puissance de la musique interprétée. Une part du Brésil s’ouvre à celui qui regarde le documentaire : celle de l’amour qui habite tout un peuple, celle de gens habités par un besoin de se relâcher en musique. Au milieu d’une « samba jam » où musique, danse et rue sont liés, on aperçoit ça et là la mine réjouie de Gilles Peterson telle une version vidéo remaniée d’un “où est Charlie”. 

Avec lui, nous traversons Providencia, anciennement Favella Hill, la toute première Favela de Rio de Janeiro, à la rencontre de Mauricio pour une visite en forme de cours d’histoire. À propos de Pedro de Sal, lieu de naissance de la Samba, le guide explique qu’il s’agit de la seule « mémoire vivante de l’histoire des esclaves africains » de ce quartier à l’origine appelé  « Little Africa ». C’est à Providencia qu’il était « le plus sûr d’écouter de la Samba quand elle était illégale à Rio de Janeiro », fait bien de préciser Mauricio. Peterson, lui, se régale et ne manque pas de faire remarquer à plusieurs reprises que dans ces lieux de fêtes, les enfants sont toujours de la partie, dansant et assurant l’héritage futur de ce patrimoine. 

Comme à son habitude, Gilles Peterson partage au plus grand nombre son savoir et sa culture, avec un mérite non négligeable : le documentaire donne envie de se rendre au Brésil, avec l’objectif possible de mettre la main sur le vinyl qui lui échappe depuis plusieurs années. Car une ombre rieuse reste au tableau de son voyage en terre du samba. Personne n’a pu lui trouver un exemplaire de Tam Tam Tam. Depuis, la compilation Brasil Bam Bam Bam a paru - en 2014, la même année que le voyage - et Peterson a demandé à de jeunes artistes (l’anglais Moses Boyd) d’interpréter sa version à lui de l’album en un Tam Tam Tam reimagined paru en juillet dernier et disponible sur toutes les plateformes de streaming.