Oslo, Mela Festival, samedi 20 août 2016.

C'est sur la scène principale, à seulement quelques mètres de la mer que j'aperçois deux jeunes femmes entraîner une foule avec assurance, un très long k-way rouge ouvert laissant apparaître un short en jean et un léger t-shirt blanc. Un Dj - qui se révèlera plus tard très bon rappeur - les accompagne derrière, aux platines. Les visages de ces deux afro-américaines arborent des dessins jaunes, la couleur de la déesse Oshun, divinité des eaux des rivières dans la culture Yoruba et nom de scène de ces deux artistes.  La culture Yoruba, présente en Afrique de l'ouest (Nigeria, Bénin, Togo et Ghana) et étendue jusqu'à Cuba et au Brésil lors de la traite négrière s'avère être très présente dans la musique d'Oshun. Le Dj pose un beat hip hop rythmé par une basse, Niambi Sala et Thandiwe commencent à chanter. Leur voix dégage une sensualité à la Erykah Badu, tout le monde est happé par la chanson « The Next Day » ... Je découvre Oshun !

Ces deux artistes n'ont que 22 ans et se sont rencontrées il y a seulement trois ans au lycée à Washington DC, mais affirment se connaître depuis toujours. Elles se présentent comme des âmes soeurs, et on voudrait les croire tant la connexion musicale et humaine entre elles est forte. Leur premier EP très soul, Afhaye, est sorti en 2014.  Elles nomment leur style « lya-sol » pour particulariser la spiritualité Yoruba intégrée à leur musique. C'est le 22 avril 2015, jour sciemment choisi de célébration de la Terre que leur mixtape AsaseYaa - déesse de la fertilité sur Terre en Yoruba – a vu le jour. Le style des morceaux est plus actuel que celui de l'EP.  La puissance de « Preech » annonce la réussite de la mixtape, riche d'influences musicales, de références historiques et de philosophie. Des voix envoûtantes ouvrent le morceau, leur pouvoir enchanteur l'est probablement autant que celui des voix des sirènes invitant les marins à les rejoindre en mer. Les bruits d'hommes enchainés qui marchent au pas font écho à l'esclavage, puis les paroles d'un homme un colère s'insèrent brutalement dans la musique, il se plaint des work songs que les Noirs ne cessent pas de chanter : « tell these niggers to stop singing that dam song ». Le morceau se poursuit par une entrée de cuivres solennelle annonçant une instru hip hop très rythmée. Les voix d'Oshun deviennent plus graves, plus percutantes, elles offrent un morceau prodigieux. 

Les mélanges de styles sont audacieux et l'énergie d'Oshun communicative, on espère un album et de nombreuses collaborations musicales !

Niambi Sala et Thandiwe (voix)  


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