Des bonnets à Samois-sur-Seine.

Des bonnets à Samois-sur-Seine.

 

Les festivals de l’été pointent le bout de leur nez ! Le festival Django Reinhardt fait partie de ceux qui inaugurent la saison avec sa programmation où le jazz manouche côtoie des musiques cousines. Se tenant habituellement sur l’île du Berceau à Samois-sur-Seine, le festival s’est délocalisé cette année en raison des crues de la Seine. C’est donc le château de Fontainebleau et plus précisément son parc qui abrite les festivités. Sous un ciel radieux, il règne une ambiance bucolique que les averses initialement prévues n’ont pas troublée. Portée par une légère brise rafraîchissante, une odeur tout aussi champêtre flotte dans l’air : elle mêle le tilleul en fleurs et l’herbe foulée par les joyeux festivaliers – en parlant d’herbe, elle ne se trouve d’ailleurs pas qu’à leurs pieds. Ces derniers - musiciens avec leurs guitares en bandoulière, familles, touristes, jeunes filles aux couronnes de fleurs, etc. – se pressent vers la scène ou sur la pelouse bordée par le village de luthiers et les stands de restauration. Au programme ce soir, deux pointures : Gregory Porter et Kamasi Washington. Rien que ça !

Gregory Porter, le 25 juin 2016

Gregory Porter, le 25 juin 2016

Classieux Gregory Porter

19h30 tapantes : Gregory Porter et son groupe se présentent sur scène. On apprend qu’on est des petits chanceux parce que le chanteur a failli ne pas pouvoir embarquer pour la France la veille au soir. Après quelques interventions dans les sphères de la haute administration, la situation s’est heureusement débloquée. Le chanteur est donc bien là et assure sa prestation de haute volée avec toute la classe qu’on lui connaît. Il incarne tour à tour le crooner, le prêcheur, le militant, le père, Monsieur Tout-le-monde avec justesse et précision. Cette maîtrise vaut aussi pour les musiciens qui l’accompagnent et entretiennent un dialogue parfait : on sent bien qu’ils se connaissent sur le bout des doigts.

Le chanteur à la légendaire casquette noire passe en revue son répertoire depuis ses débuts (« 1960 What ? ») à son tout dernier album Take Me to the Alley. « Hey Laura », « Liquid Spirit », « On My Way To Harlem » : ses morceaux maintenant devenus des classiques s’enchaînent mais sans donner l’impression d’une machine à débiter les chansons. Le public les connaît déjà et les accueille avec plaisir. Il ne boude pas non plus la séquence émotion sur « Don’t Be A Fool », joué en duo piano-voix avec le fidèle Chip Crawford. Notons également la présence d’un orgue Hammond fort bienvenu auquel officie Ondrej Pivec et saluons la prestation de l’excellent saxophoniste Tivon Pennicott. Au final, même si la formule est archi-connue et prévisible, on aime quand même. Et puis, quelle voix ! Mais quelle voix !

Kamasi Washington, force de la nature

À un premier géant en succède un autre : Kamasi Washington. Depuis la sortie de son album The Epic l’année dernière, tout sourit au musicien californien. Il fait salle comble et séduit un public allant bien au-delà des amateurs de jazz. En le voyant arriver sur scène, on est impressionné par sa stature puis on rapidement subjugué par sa musique dont l’ambition frise presque la démesure. L’instrumentation est conséquente : deux batteries, cuivres, claviers, le tout servi par des arrangements orchestraux et accompagné de chœurs assurés par la chanteuse Patrice Quinn. Elle a une présence scénique et une gestuelle - improbable danse d’adoration aux astres ou aux dieux de la musique ? – qui marquent autant que sa belle voix. Malgré ce format, il n’y a rien de pompeux dans la musique de Kamasi Washington ; il s’en dégage une énergie authentique.

Kamasi Washington

Kamasi Washington

Le swing se fait cosmique, propulsé par moult effets électriques et des nappes de claviers célestes. Le morceau « Abraham » aux accents rock surprend avec sa contrebasse électrifiée. Puis voilà que la soirée prend soudain des airs de teuf de derrière les fagots, animée par une fanfare balkane ! Elle transcende un public déjà parti loin et largement convaincu à la cause du musicien malgré les réserves entendues ça et là avant son set (« Je connais pas du tout. », « Je sais pas trop ce que c’est. »). Autre moment fort de ce concert : le duel impressionnant des deux batteries. Une vraie claque !

Accompagné du tromboniste Ryan Porter et de son père au saxophone soprano et à la flûte traversière, Kamasi Washington joue avec ferveur de son ténor avec un phrasé qui se rapproche parfois d’un flow hip hop. Car il y a bien de la ferveur dans cette musique pourvue d’une forte dimension spirituelle et qui fait cohabiter jazz, soul, gospel, hip hop. Le très beau morceau « The Rythm Changes » l’illustre bien et c’est sur les notes de sa mélodie communicative que s’est achevée cette très belle soirée pour notre part.

Fara Rakotoarisoa

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