Mission remplie pour cette compilation d’un label éponyme et naissant, dont elle se veut l’argument. 16 vahinés cueillies par Roger Bong forment un collier au parfum disco-funk de 1979 à 1985, sortie le 19 février.

 Aloha est le premier mot qu'entendent les touristes à leur arrivée, et souvent le seul qu'ils retiennent. Aloha Got Soul est la première et dernière compilation à avoir retenu notre attention, donnant à entendre une scène soul-funk réanimée par Roger Bong, créateur du label du même nom, dont c’est la première compilation. Tout comme la compilation de Jazz-Antillais Kouté-Jazz parue en septembre dernier, Aloha Got Soul est la réunion de titres éparpillés aux quatre coins de l’archipel et connus des seuls collectionneurs ou insulaires. Roger Bong est tout ça à la fois. Pour ce faire, il a collaboré avec Strut Records, blog-label antiquaire à qui on doit des inédits de Sun Ra et Fela Kuti, pour ne citer que les plus connus. Une aide déterminante pour Bong car « certains enregistrements n’ont qu’un seul original ». L’exotisme est toujours le bienvenu quand il s’agit d’Hawaï, de ses cocotiers agités par les alizés, ses surfeurs, ses colliers à fleurs et autres robes en sacs mumuu. Tous les grooves ici présent y renvoient, mais la sélection de Roger Bong ne s'y arrête pas.

Se réapproprier les musiques continentales sans caution insulaire

Aloha Got Soul évoque sans clichés. C'est le Hawaïï américain et non polynésien. Exit les danses du hula, les guitares hawaïennes ou les chants maoris. Fruit d'un an de forage en vinyles, la compilation surfe sur la soul, le funk, glissant parfois vers la pop et le disco. Leur éruption sur l’archipel, ici de 1979 à 1985, répond à celle d'Earth Wind and Fire et de Tower of Power, chantres continentaux du disco-funk, dénominateur commun entre tous, indirectement au moins.

1Roger Bong of Aloha Got Soul devant un mur d’enregistrements locaux à Hungry Ear Records, Kailua, Hawaii. Source: http://alohagotsoul.com/

1Roger Bong of Aloha Got Soul devant un mur d’enregistrements locaux à Hungry Ear Records, Kailua, Hawaii. Source: http://alohagotsoul.com/

 N’est-ce pas que l’expression de cette mode si la tradition y est absente ? Non, et c'est bien l'une des leçons de cette compilation : cette scène a su se réapproprier des musiques continentales sans l'artifice de ses musiques traditionnelles. Ils font du neuf sans vieux, acclimatent sans assimiler. Trop nombreuses sont les compilations qui cherchent à tout prix des hybridations entre genres et/ou territoires. Ici, métissage ne rime pas avec remplissage. « Plaire aux non-initiés, intéresser les curieux et satisfaire les puristes. » 

 

Devine-t-on les yeux fermés qu'on est à Hawaï ? Ca n'a rien d'évident, mais là encore Roger Bong a su conserver le peu d'évocation qui suffisait à ne pas tomber le folklore. Ainsi, la guitare hawaïenne (slack-key) reste un colorant sur Get That Happy Feeling de Lemuria ou les marimba et chœur d’hommes de Wit de Chucky Boy Chock & Mike Kaawa. Il n’y d’hawaïen que ces sonorités dont personne n’abuse ici. La priorité, c’est le groove. Plus surprenantes sont les notes de fusion de Kawaihae de Brother Noland. L’ambition des groupes compilés est de passer du bon temps. Celui de Roger Bong est de « rendre hommage » a cet ancien temps. Choisir 16 pistes, c’est autant de dilemmes sonores. Surtout quand on tient à « plaire aux non-initiés, intéresser les curieux et satisfaire les puristes ». Aussi a-t-il fallu composer avec les sollicitations d’artistes, « qui n’ont pas toujours bien compris le projet, car c’est une période aussi obscure que courte ». 

Roger Bong se rêve « en tournée, aux platines, accompagné de groupes en live ». Loin d'être un tour d’horizon, cette compilation se veut être l'étendard et la justification de tout un projet de réédition à venir, en hommage et au plaisir : malaho (merci).

 [Focus] AURA got soul : les Jackson 8 hawaïens  

    « Ecoutez-moi ces cuivres ! ». Roger ne tarit pas d’éloges pour ce qu’il considère être « l’album de funk le plus massif jamais enregistré à Hawaï », « brillant et puissant » : Aura, du groupe éponyme. Leur premier essai sort en 1979, un LP au titre éponyme pour cette véritable confrérie du cuivre hawaïen. AURA est une histoire de famille, les Mendoza, et de quartier, celui sud d’Honolulu : Waikiki.
      Le groupe est fondé à la fin des années 60 par le patriarche de la famille : Julien B. Mendoza : « un mentor autant qu’un manager » reconnait sa femme Beverly Mendoza, ancienne vocaliste de tête du groupe. Les premiers noms du groupe sont alors Beverly et Young Lads, les Malayan Sisters, les Nomads et enfin AURA.   Toujours actif dans les clubs côtiers de la capitale, AURA est l’un des groupes les plus vieux de l’île. « Chez nous, c’est génétique » confie Kristie Ching, AURA de seconde génération. « Nous n’enregistrons plus, mais nous pensons souvent à réinterpréter et réenregistrer certains titres de l’album original [NDLR : Aura] : on verra ! ». A entendre Beverly et Christine, les deux sœurs au chant, on comprend pourquoi. Yesterday’s Love, le morceau retenu par Roger Bong sur la compilation, est digne d’un ABBA ayant pris une cure du cuivre : moins cher qu’un billet pour Honolulu mais tout aussi chaud !

 

 Rédaction et propos recueillis et traduits par Thomas Perroteau

Aloha Got Soul, compilé et édité par Roger Bong, Aloha Got Soul, (digital, CD, LP) sorti le 19 février 2016.