Lundi prochain, le 8 février, l'Académie du Jazz célébrera ses 60 ans le lundi 8 février au Théâtre du Châtelet. Ce grand anniversaire méritait un peu de lumière et quelques éclaircissements. Rencontre avec François Lacharme, président de cette « institution » . 

Quelle est la vocation première de l’Académie ? 

Elle n’a pas changé véritablement depuis 1954-1955. La volonté de ses fondateurs consistait à défendre et promouvoir la musique de jazz en France. L’idée de départ était, dans un contexte où le jazz avait plus de popularité qu’aujourd’hui, de défendre une musique qui était mal représentée dans les festivals, mal représentée dans les médias, en dehors des magazines spécialisés. 

Cette vocation a évolué. Pour promouvoir cette musique, il est utile d’en faire connaître ses talents.  Je le dis de façon assez prosaïque : discerner et décerner. Discerner les talents et décerner les prix. C’est en cela que ça reste une méritocratie, mais une méritocratie éclairée et indépendante. 

Quelles sont les répercussions réelles pour les artistes qui reçoivent ces prix ?

Tous les lauréats qui reçoivent le prix Django Reinhardt disent que cela les a beaucoup aidés dans leur carrière. René Urtreger, qui est maintenant le doyen des lauréats, l’a répété au micro de France Info il n’y a pas longtemps. Le prix Django Reinhardt représente une première maturité incontestable de la part d’un musicien qui, vraiment a percé, ou est en train de percer. Les programmateurs de certains festivals en tiennent compte en les invitant le plus souvent possible. Les maisons de disques y regardent à deux fois. Les autres prix de l’Académie sont toujours annoncés et communiqués avec une certaine ferveur de la part des maisons de disques, et même dans les publicités ! Quand Vincent Peirani a eu le prix Django Reinhardt, la maison de disque ACT a sorti une pub dans la presse spécialisée avec le logo de l’Académie du Jazz en félicitant l'artiste pour son prix ! 

Le prix Django Reinhardt est le prix phare que les musiciens mettent dans leur CV. Il a des répercussions immédiates. Les autres sont un peu moins mesurables. Les répercussions sont en terme d’image, d’intérêt. Et comme l’information se dilue beaucoup sur le net, sur des sites, des blogs, sur différents magazines spécialisés ou de niche, cette masse critique agit. Quand Le Monde, Télérama, Jazz Magazine ou FIP relaient l'information, cela finit par se voir.

Qu’est-ce cela apporte d’être membre de l’Académie ? 

C’est très intéressant, et personne ne me pose cette question ! Les membres paient un cotisation, pour qu’ils aient un véritable engagement. Quand on va solliciter une société, c’est plus crédible ! 

Sachez que certains membres de l’Académie du jazz mettent dans leur signature de mail ou sur leurs cartes de visites qu’ils en sont membres. Personnellement je ne le fais pas. Mais c’est une première indication. Il y a une fierté d’appartenir à ceux qui sont les cognoscenti, ceux qui connaissent. Faire parti d’un collège multi-générationnel permet de rester en contact avec la réalité. Certains membres ont presque 90 ans, alors que d’autres ont à peine la trentaine ! André Francis, par exemple, va bientôt avoir 91 ans. De jeunes talents font davantage parti de  l'Académie : ce rétablissemnt de pyramide des âges est vertueuse parce que lorsqu’on se réunit en assemblée générale ou qu’on envoie les listes et que les membres voient ce que les uns et les autres ont présélectionné avant de passer au vote à bulletin secret, ça crée un intérêt. 

Ça oblige les membres à écouter les musiciens sélectionnés en se demandant si c’est un vote qu’ils pourront assumer même s’il n’est pas nécessairement proche de leurs goûts musicaux. C’est une manière de rester au contact avec le marché. Ça permet aussi de sentir qu’on fait vraiment parti d’un métier. Quand les gens viennent à la cérémonie de remise des prix, que je présente « en faisant mon numéro de claquettes » et en faisant monter quelques célébrités sur scène, il y a ce sentiment d'assister à quelque chose de particulier, de différent, dans un entre soi éclairé.  Nous ne sommes pas inféodés à des maisons de disques, à des tourneurs ou à des sociétés civiles qui nous demandent de voter pour untel ou untel. Et ça existe ailleurs. Je le sais, parce que j’ai été sollicité pour faire parti de certains collèges et j’ai dit non à chaque fois, parce que les garanties n’étaient pas là ! J’ai eu des coups de fils à une époque où l’on me demandait si j’avais écouté le disque d’untel et c'est à peine si on ne m'avait pas envoyé mon bulletin pré-rempli. Il faut voir comment fonctionnent les Grammy Awards. C’est stupéfiant ! Et la presse n'en parle pas.

Est-ce que l’Académie est amenée à évoluer ? À élargir ses activités ? 

La soirée de lundi va être très importante pour nous, pour deux raisons. Premièrement, c'est déjà  un gros succès de billetterie, il devrait y avoir plus 1500 personnes dans le Châtelet. Nous avons vraisemblablement franchi un pas. Cela nous permettra, dans l’avenir, d’ouvrir la soirée systématiquement au public. Peut-être pas dans les grandes largeurs, comme cette année pour le 60ème anniversaire, mais un peu dans cet esprit là quand même ! Ouvrir au public, faire connaître un peu mieux les lauréats, dire qui on est… 

La deuxième évolution est de continuer à rajeunir le corps électoral, c’est-à-dire de faire rentrer des jeunes talents qui montrent qu’ils connaissent bien cette musique, cette culture et qu’ils veulent faire évoluer les choses dans le sens de l’Académie. Je pense que plus on sera nombreux et compétents dans cette institution, plus on sera écoutés et plus le métier en ressortira grandi. Je suis certain de cela. 

Partenaire de cette soirée anniversaire, la fondation BNP Paribas, accompagne l’Académie du jazz depuis 2010. 

Propos recueillis par Florent Servia

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