Difficile de croire que Killason est français. Et ce n'est pas le clip tarantinesque de « Black Crook » qui changera cette impression criante. Marcus Dossavi-Gourdot est poitevin. Dans une première vie, il s'est fait connaître en tant que membre du crew de danse hip-hop Wanted Posse, dont l'égérie la plus grand public a, jusque là, été Junior, un ovni qui fait des pompes avec les pieds en lévitation. Lui même est impressionnant dans son genre. Créatif, smooth, sur le son... À voir danser Killason, on comprend ce qu'il y a de si naturel dans l'univers de son rap ! 

Le jeune Killason transpire un hip-hop organique, qu'il a dans le corps depuis tout petit, bercé par le rap d'Outkast et entouré de sa mère, la danseuse et chorégraphe Julie Dossavi et de son beau-père, l'ingénieur du son Yvan Talbot, en premier lieu. C'est à 14 ans qu'il dit s'être attaqué au rap, par l'écriture de textes. Puis à 17 ans, par la production via les logiciels de M.A.O (musique assistée par ordinateur). En début d'année dernière il sortait une version numérique de The Rize, E.P révélateur d'un goût prononcé pour l'Outre Atlantique, berceau du hip-hop. Le voilà revu, corrigé et augmenté de deux titres. Un remastering et un remixage orchestré en partie par le label Fin de siècle qui enfante la deuxième naissance de ce projet. 

Le clip de « The Black Crook », réalisé par Holy Faya.

Le clip de « The Black Crook », réalisé par Holy Faya.


Être un américain dans son art n'est et ne doit pas être un leitmotiv pour les rappeurs français. Mais il l'est. Et d'aucuns se ridiculisent. Avec Killason, un français semble enfin prêt à conquérir la France et l'Amérique. Et l'on ne s'étonnerait pas que le public français s'adresse impunément à lui en anglais après les concerts... 

Du Odd Future dans l'imagerie, du trap, du grime, du dancehall, de l'électro ou de la pop dans la musique. Tout dans la communication de Killason ramène à l'Amérique grandiose du rap tapageur : le site web, l'esthétique de ses clips, la pochette de son disque... Dans les clips « The Black Crook » et « Hoddest in my town », paré d'un attirail excentrique et de bijoux clinquants, KillAson revisite avec bizarrerie l'histoire de Frankenstein ou explore l'egotrip dans la simplicité d'un plan rapproché. Pourtant, le rappeur ne semble pas poser. À 20 ans seulement, il se démarque en revêtant l'habit de créateur. Les codes maitrisés, c'est toute l'étendue d'une culture urbaine saisie tout au long de l'enfance qui rejaillit dans un premier jet à l'univers singulier. 9 titres qui débarquent d'une autre dimension, celle d'un artiste-démiurge en devenir. 

Avec son rap de club -  du rap de danseur -  qui bounce et s'attaque aux tripes, Killason est la preuve que le hip-hop en France peut faire bouger les foules sans être pauvre. Un flow explosif, des prod' qui claquent, le rappeur témoigne d'une maîtrise globale de son art assez rare - sur cette esthétique - dans l'hexagone. Son savoir-faire de producteur et sa gouaille de rappeur le mèneront loin. 

Ses prochaines dates : 

  • Le 27 février à l'Autre Canal, Nancy 
  • Le 19 mars au Badaboum, Paris, dans le cadre du festival Paris Music

Florent Servia


Comment