Keith Brown par Juliette Riegel

Keith Brown par Juliette Riegel

 Du 5 au 15 octobre avait lieu le festival Nancy Jazz Pulsation. Comme son nom ne l’indique pas, le NJP a su faire évoluer sa programmation à la base purement jazz à une musique plus diversifiée. Une fierté pour les organisateurs du festival. Nous avons pu assister à deux soirées de concert au théâtre de la manufacture de la ville, lieu privilégiée pour les concerts jazz du festival, pour le dernier week-end de cette 43eme édition. 

Le bal s’ouvre pour nous avec le quartet du batteur Mark Guiliana qui nous a marqué par son approche complexe de la musique. Peu bavard, et avec une humilité surprenante, il laisse place à ses musiciens et à sa musique, sans se placer en chef de file. Il joue avant tout avec ses amis, et ne veut surtout pas s’imposer. Cette soirée à Nancy est avant tout l’occasion pour lui, en tournée en Europe pour deux semaines, de présenter de nouveaux morceaux avant de retourner en studio pour l’enregistrement d’un troisième projet en quartet. Cette session live est une prouesse technique impressionnante, qui manque cependant peut-être de lâcher-prise. Même si l’improvisation semble presque calibrée, Giuliana laisse place à une sensibilité musicale grandiose. 

La deuxième partie, assurée par le pianiste Keith Brown, déride un peu ce trop plein technique et apporte une atmosphère plus légère et fluide à la soirée. Celui qui mêle les influences jazz, funk et blues à la perfection, a su s’adapter à la scène capricieuse du théâtre et à de petits problèmes techniques pour laisser libre cours à son imagination. Plein d’énergie et de positivité, avec une reprise de « Human Nature », hit de sir Michael Jackson qui n’a pas laissé indiffèrent l’audience nancéenne. Visiblement très complice avec ses musiciens, il a, lui aussi, profité de sa venue au festival pour présenter de nouvelles compositions pour la première fois en live et encore en cours de préparation, un challenge comme un autre ! Mention spéciale au batteur Terreon Gully,  qui mène peut-être à ses dépends le groupe, tellement il est sollicité. 

Ala.ni par Juliette Riegel

Ala.ni par Juliette Riegel

Le lendemain, approche des genres totalement différents, car les deux concerts ne sont pas du tout liés comme ceux de la veille : Ala.ni, que l’on peut considérer comme une chanteuse tirant vers le jazz dit « accessible » (les puristes diront « commerciale ») ouvre la soirée, chauffant la place au pianiste mythique Kenny Barron, grand nom du genre. Ce choix de programmation est encore la preuve que le Nancy Jazz Pulsation renouvelle son public, quitte à le chambouler un peu…

Chanteuse londonienne protégée de Damon Albarn et qui s’épanouit en ce moment sur la scène jazz et variété française, Ala.ni surprend par ses mimiques et sa gestuelle très théâtrale ; elle paraît déconcentrée et dissipée aux premiers abords tant elle ne tient pas en place, ce qui peut déconcerter. Néanmoins, sait séduire grâce à sa voix de velours très légère, qui se laisse sublimer accompagnée d’une harpe. Enfantine, elle joue littéralement avec les mots, qu’elle a au préalable pioché au hasard parmi les propositions des spectateurs, pour créer une improvisation : pari risqué, mais réussi, car il est bien mené et avec humour. 

Elle laisse bientôt place à l’un des noms les plus attendus du festival : en trio avec ses musiciens de longue date Kiyoshi Kitagawa et Jonathan Blake, l’accompagnant depuis plus de dix ans, Kenny Barron impressione toujours. On pourrait croire qu’en tant que pionnier du jazz et avec près de 60 ans de carrière derrière lui, qu’il n’aurait plus rien à prouver. C’est tout le contraire : prenant le temps de présenter chaque morceau, même si c’est dans un esprit très académique, Kenny Barron éblouit et se laisse éblouir par ses musiciens, tout en gardant un sérieux exemplaire. Sans faire de vague, toujours dans le contrôle le plus total. Il nous laisse deux heures pour renouer avec les standards et le jazz de la vieille école, et clôt notre week-end à Nancy de la meilleure façon qu’il soit.


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