Le soir du mercredi 16 novembre, , deux choix s'offraient à nous au festival Jazzdor de Strasbourg : L'envoûtant projet « Rhythms of Resistance » de la flûtiste Naïssam Jalal, notamment entendue aux côtés du saxophoniste Jean-Marc Padovani, ou la création du projet hybride « Kit de Survie », mené par l'ancien guitariste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay. Il n'a pas été facile de trancher mais, mû par une envie irrésistible de hocher violemment de la tête, je me suis dirigé vers le Théâtre National de Strasbourg pour découvrir la deuxième option.

Premier aspect frappant en arrivant : Il n'y a qu'une trentaine de places assises en haut de la salle, qui laissent champ libre à une fosse en contrebas pouvant accueillir au bas mot 300 personnes. Dites donc, Jazzdor, c'est pas très jazz tout ça !

Deuxièmement, le public – par ailleurs particulièrement jeune - est venu en nombre écouter cette création, preuve s'il en est besoin qu'une programmation osée et inattendue n'est pas synonyme d'absence d'auditeurs. - Certains festivals dont l'audience baisse alors qu'ils programment toujours les mêmes têtes d'affiche seraient bien inspirés de venir jeter un coup d'œil à Jazzdor. 

Kit de Survie, qu'est-ce donc ?

C'est la rencontre de trois mondes : le jazz, le rock et le slam, avec chacun deux représentants. Du côté du jazz c'est le bouillonnant Médéric Collignon au cornet et à la voix et l'excellent Akosh Szelevenyi au saxophone ténor. Pour le rock, c'est évidemment le directeur artistique du projet Serge Teyssot-Gay et le batteur Cyril Bilbeaud, qu'on félicite d'ailleurs pour sa gestion du timbre cassé de la caisse claire, ce n'est jamais plaisant en concert. Quant au slam, ce sont les deux poètes et ébouillanteurs de salle Mike Ladd et Marc Nammour.

À eux six, ils délivrent une musique extrêmement engagée aux accents de Rage Against The Machine, basée sur des boucles de guitare à la simplicité souvent trompeuse dont on ne comprend parfois le temps fort qu'après quelques minutes. Les riffs des soufflants semblent tout droit sortis des JB's (la section de vents de James Brown), et les voix des deux slammeurs se mêlent parfaitement à l'ensemble instrumental. Ajoutons à cela que Marc et Mike sont de véritables showmen qui dégagent une énergie extrêmement communicative.

Si ce cocktail explosif fait recette sur les cinq premiers morceaux, il semble un peu s'essouffler au bout de la première heure du concert. C'était sans compter sur la folie de Médéric Collignon qui relance la machine avec un beatbox endiablé empruntant autant à Skrillex qu'aux compositeurs bruitistes contemporains. Nous sommes donc repartis sur de bons rails pour une nouvelle heure de concert, avec entre autres un freestyle magnifique de Marc Nammour en forme d'ode à la vie dans les quartiers populaires, qu'il termine en disant « Il ne devrait pas y avoir de quartiers populaires : la ville entière devrait être un quartier populaire ». S'en suit un discours de Mike Ladd, américain d'origine, exhortant le public à voter en 2017 « pour ne pas reproduire la connerie des Américains ».

Ces deux interventions résument bien le ton éminemment politique de ce concert dont le titre « Kit de Survie » était suivi sur le programme par « Hommage à la périphérie ». Cet engagement politique pourrait paraître déplacé dans le cadre d'un festival de jazz, mais rappelons nous tout de même combien le jazz a toujours été intimement lié à la politique aux États-Unis, des work songs à Nina Simone en passant par Ornette Coleman.

Merci donc au festival Jazzdor de prendre part à cet engagement politique en offrant une programmation éclectique, dans laquelle on retrouve autant les coqueluches du jazz mainstream que sont Brad Mehldau/Joshua Redman ou Gonzalo Rubalcaba que les artistes plus confidentiels comme Qöölp, Journal Intime ou Schwab/Soro. On vous souhaite une longue vie et de continuer à oser comme vous le faites. On a besoin de vous !


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