Anne Pacéo par Hervé Le Gall

Anne Pacéo par Hervé Le Gall

Nous nous sommes rendus, le vendredi 14 octobre 2016, à l’Atlantique Jazz festival de Brest pour une soirée réjouissante et très attendue.

Cette première partie de soirée diffusée sur les ondes hertziennes de France Musique est vouée à faire du « bruit dans Landerneau » car non seulement, l’émission Open Jazz d’Alex Dutilh s’est déroulée en direct et en public, de 18h à 19h au Quartz (Première scène nationale de France pour sa fréquentation publique) en compagnie d’Anne Pacéo et de ses musiciens ; Mais encore, le concert du quartet composé également de Christophe Panzani (aux saxophones soprano et ténor), Leila Martial (voix, effets) et de Tony Paeleman, aux claviers) a été enregistré pour le Jazz Club d’Yvan Amar, diffusé le samedi de 19h à 20h.

Quel plus bel écrin que le Quartz pour immerger les spectateurs brestois et les auditeurs de France Musique, dans un univers kaléidoscopique, véritable successions de tableaux aux atmosphères multiples allant du clair à l’obscur, du tourment à la douce quiétude et proposant des étonnants voyages allant du cercle polaire (« Polar Night ») à l’Asie du sud-est, en passant par l’Europe du nord et du sud (« A Tempestade »). 

On décolle directement vers d’autres cieux avec ce quartet serein, équilibré, deux femmes, plus deux hommes (la parité est là, mais c’est surtout l’harmonie et la force tranquille que dégage ce quartet qui frappe d’entrée de jeu. les chants envoutants de Leila Martial, dans le morceau « Tzigane » jettent un sort et ouvrent la porte qui nous fait basculer dans de multiples univers. La chanteuse brouille les pistes, s’amuse et façonne un imaginaire en y glissant différentes influences. Ses incantations, vocalises et mélopées tissent une toile singulière, et se marient comme une évidence notamment avec le saxophone de Christophe Panzani. Les deux instruments dialoguent, s’entremêlent et ne font qu’un dans un même registre, une même inflexion, enthousiasmante et passionnée.  

La grande attention portée au choix des lumières tout au long du concert, met en valeur certains morceaux, comme « Birth and Rebirth », une magnifique « veilleuse » tourne sur la scène et diffuse une lumière douce et généreuse sur le plafond du quartz. Le quartet utilise et travaille également sur l’électronique, avec parcimonie, ce qui ne donne pas de lourdeur au propos et vient naturellement magnifier les univers. L’humour et la distance dont font preuve les musiciens, utilisant ces nappes électro, en faisant des jeux de mimes sur scène est un doux bonheur.

Les envolées de Christophe Panzani le font fléchir, parfois sur les pointes, tout en souplesse, en élégance, tel un funambule. Tony Paeleman donne quant à lui, de l’amplitude au groove, des interventions pleines d’énergie pour accompagner une Anne Pacéo aux frappes tantôt délicates, tantôt puissantes, mais toujours habitées et dynamiques.

« Birth and rebirth » est un bijou, où la voix de Leila Martial se fait rassurante, s’illustrant dans une berceuse régénérante et très empreinte des sonorités de Bjork.  « A Tempestade » nous démontre la puissance de l’évocation, de passage au Portugal Anne Pacéo, est allé voir une adaptation en portugais de la Tempête de Shakespeare, ne comprenant pas la langue, mais embarquée par la mise en scène et le jeu des acteurs, elle en a bien compris le sens et la substantifique moelle, elle l’a retranscrit dans ce titre. Les ondes positives, vibrantes et sincères du quartet reçoivent une standing ovation, car le public est conquis et heureux.

Le temps de manger un petit bout au restaurant de Manouche (La chanson d’ouverture du quartet d’Anne pacéo fait écho au mot désignant ce peuple originaire d’Inde) à la délicieuse, savoureuse et voyageuse cuisine. Décidément la soirée est placée sous ce signe, pas besoin de prendre l’avion, il suffit de se laisser guider et de faire cap vers la carène,  la salle dédiée aux musiques actuelles de la métropole brestoise aussi océane que musicale, dont le hall avait ce soir-là, des allures de maquis africain et des ferias les plus hautes en couleurs et en sons des barrio d’Amérique du sud.

Electric Vocuhila

Electric Vocuhila

Electric Vocuhila entre en scène, onde de choc, puissante et répétitive, la musique du groupe vous pénètre et ne vous quitte pas. Le public entre dans la danse à mesure que les quatre garçons que sont Maxime Bobo (saxophones, clavier, composition), Boris Rosenfeld (guitare), Boris Rosenfeld (Guitare), Jean-François Riffaud (basse, percussions), Etienne Ziemniak (batterie), nous irradient de vibes et rythmiques issues du continent africain en y intégrant des riffs de guitares électriques acérés et explosifs du rock.

On entre en transe et on se dit qu’ils devraient rester parmi nous car ils galvanisent les spectateurs en installant petit à petit un tourbillon hypnotique et frénétique. Cette ambiance singulière annonce la venue de leurs« grands-pères » ou « ancêtres africains », le tout puissant orchestre polyrythmo de Cotonou dont le concert aura lieu le 29 octobre 2016, dans la grande salle de la Carène. 

On se désaltère, et changement de décor sonore, avec l’Amérique du sud et la Colombie comme escale, Pixvae prend le relais et instantanément nous sentons que nous ne serons pas en reste au niveau des rythmiques entêtantes et des tonalités provoquant l’extase. Mais cette fois ci avec une sensibilité féminine incarnée par des chants en chœur à deux voix, celles d’Alejandra Charry et de Margaux Delatour, entonnant des airs traditionnels avec intensité et ferveur. En toile de fond la luxuriance du bruissement des instruments. Les accents profonds, graves et telluriques du saxo baryton et le martèlement inlassable des percussions apportent de l’enracinement et de la profondeur, la guitare de la résonnance, toutes ces sonorités jaillissent tour à tour en variant les rythmes et nous ramènent à un état primitif. Tous nos sens sont en éveils, on est emporté par ce tourbillon vibrionnant et ininterrompu.  Maravilloso !!!


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