Pour la 28e année consécutive, le Festival Jazzèbre se déchaine en Roussillon.  Entre concerts au Théâtre Municipal de Perpignan, pique-nique musical à la Casa Musicale, Master Classes au Conservatoire, on vous raconte nos trois jours en compagnie du zèbre.

 

Le zèbre grandeur nature en papier mâché est bien là, fier. Depuis la scène, il a vue sur les sièges de ce théâtre construit en 1811, qui n’accueille plus que de rares évènements pendant l’année, dont deux soirées du Festival. Des concerts qui entendent redonner vie à ce lieu à l’âme particulière, auquel l’équipe et les habitués du Festival sont très attachés. Le batteur Edward Perraud et ses « frères de sons », Arnault Cuisinier (contrebasse), Daniel Erdmann, (saxophone ténor), Benoit Delbecq (piano, claviers) et Bart Maris (trompette, bugle) ont lancé la soirée, à bord de leur vaisseau « Synaesthetic 2 ». Synaesthetic, nous explique le leader du groupe, c’est un mélange de synesthésie (cette association et correspondance des sens entre eux) et d’esthétique. Le concert sera donc une offrande aux cinq sens et à la beauté de l’univers.

Edward Perraud [Photo © Luc Greliche]

Edward Perraud [Photo © Luc Greliche]

Dès le premier morceau, l’expression corporelle des musiciens fascine autant que le son de leurs instruments. Ou plutôt, l’une et l’autre ne font qu’un. Ici, Edward Perraud se tient debout, se courbe, ferme les yeux, s’assoit, puis se relève brusquement en réaction à une note échappée de la trompette de Bart Maris ou de la contrebasse d’Arnault Cuisinier. Tous accompagnent et prolongent chaque note d’un geste ample, et semblent parfois surpris par leur propre musique. Là, on voit des baguettes de batterie qui volent. Le pianiste se lève pour les ramasser et les rendre au batteur. Le groupe semble être en apesanteur. Les thèmes mélodiques et les harmonies sont plutôt simples, mais imprévisibles. Entre chaque morceau, Edward Perraud parle, avec humilité, de ses sources d’inspiration et des significations des compositions du groupe. « Sad Time » est la traduction de Triste Temps. Donc de Tristan. Ce qui évoque Tristan et Iseut. Alors, « Sad Time » est inspiré de l’opéra Tristan et Iseut de Wagner. Applaudissements. Le batteur reprend le micro : «  Merci. Le bonheur avec ce groupe c’est maintenant, c’est pas à emporter, c’est à consommer sur place ». Les musiciens se regardent attentivement, comme pour se mettre d’accord sur la prochaine destination de voyage. Ce sera l’Afrique, « Chiasme ». Ça reprend. Et on comprend. « Sur place ».  « Maintenant ». Hic et nunc. On comprend que quand Perraud parle d’offrande aux mouvements de l’univers, des étoiles et de l’infiniment grand, c’est pour nous dire le caractère éphémère de l’existence et la nécessité d’être dans l’instant présent. Celle d’être d’abord un corps (dont les sens correspondent entre eux et avec ceux des autres) dans un espace-temps comme celui du Théâtre Municipal de Perpignan, un soir de Jazzèbre. En jouant sur ces échelles d’espace et de temps, on peut décoller.

Pas mal pour un festival dont l’ambition est de « nous embarquer dans sa fusée et de nous mettre la tête dans les étoiles »…

Michel Portal [Photo © Luc Greliche]

Michel Portal [Photo © Luc Greliche]

Un changement de plateau et c’est un trio qui entre en scène, pour nous dévoiler son projet, Promises. Le groupe est composé d’un habitué de Jazzèbre : Michel Portal, poly-instrumentiste éclectique, à la clarinette et aux saxophones. Il est accompagné par Kevin Hays, pianiste et compositeur qui a joué aux côtés de Brad Mehldau, Sonny Rollins ou Benny Golson. A la batterie, on retrouve Jeff Ballard, également partenaire fidèle de Brad Meldhau, et qui fut entre autres compagnon de route de Ray Charles et Chick Corea. Les trois instrumentistes n’avaient jamais joué ensemble. Ils n’ont pas enregistré non plus. Avant Jazzèbre, ils ont donné deux concerts seulement : l’un à Jazz à Saint-Germain-des-Prés, l’autre à l’Espace Sorano de Vincennes. Sur scène, ils sont alignés. Michel Portal est au centre, Kevin Hays à sa gauche et Jeff Ballard à sa droite. Les trois se regardent, s’interrogent, expérimentent, se rencontrent, enchainent les morceaux. Le concert déjà bien entamé, Michel Portal prend la parole : « Je ne parle pas beaucoup, c’est vrai, je préfère jouer. Avec des mots on peut dire ce qu’on veut, alors qu’avec la musique j’ai l’impression de plus me rapprocher de la vérité ». Les trois musiciens enchainent avec des solos, se répondent, se découvrent. Une belle rencontre. Le public est conquis, et somme le trio de prolonger encore quelques instants ses promesses. C’est l’entrainant morceau Judy Garland, composition de Michel Portal parue sur le disque Minneapolis (2001, Universal Music) qui clôturera cette belle soirée. 

Après le concert, les bénévoles se retrouvent pour échanger leurs avis sur les concerts, et en profitent pour féliciter Jeff Ballard pour sa performance. Ce dernier après avoir remercié son public, lui répond, en souriant « Plus je joue, plus je comprends qu'il ne s'agit pas d'essayer de faire, mais d'essayer d'être. Pensez-y.».

La réflexion promet d’être intéressante mais attendra, car Jazzèbre est bien itinérant, et les déambulations sont aussi celles de l’équipe du Festival : réfrigérateurs, catering bénévoles et artistes, loges, zèbre grandeur nature et zèbres miniatures… il faut tout déménager, car le lendemain, c’est au Conservatoire à Rayonnement Régional que nous avons rendez-vous, avec le trio de Laurent Dehors et le quartet de Ralph Alessi.

A suivre.


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