A la faveur d’une émancipation artistique empruntée à l’AACM de Chicago, le festival Sons d’hiver du Val-de-Marne fête aujourd’hui son 25ème jazziversaire. Contrastant les plus habiles pontes du mainstream stakhanoviste, voilà que se présente à nous - à vous - une programmation vouant à l’oubli le bien de consommation que constitue aujourd’hui la musique ; ou peu sans faut. Jazz aux influences éparses, de la yoruba cubaine d’Omar Sosa (13 février), aux musiques du « deep south » américain défrichées par Raphaël Imbert (20 février), en passant par le rap « post-futuriste » de Mike Ladd (5février) ou encore le flamenco d’Esperanza Fernández et Miguel Ángel Cortés (11 février)… Une liberté à asseoir sur le « totalitarisme culturel des certitudes/servitudes » - dixit le communiqué de presse.

C’est ainsi qu’en guise de bonne foi, un certain Muhal Richard Abrams - pianiste émérite et fondateur de l’AACM pour le rayonnement de la great black music libertaire - ouvrira le bal le 29 janvier à l’auditorium Jean-Pierre Miquel de Vincennes (prestation suivie du duo violoncelle-piano d’Anja Lechner et François Couturier). Dans une ambiance toute autre, le théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine se verra, le lendemain, investi du chant des tambours (percussions-batterie) de Michael Zerang et Hamid Drake, sublimé alors par la voix profonde de Dee Alexander, digne héritière des Dinah Washington, Ella Fitzgerald et autres Nina Simone. Fin de soirée « éthiopique », enfin, avec la venue du multi-instrumentiste Mulatu Astatké et son groupe de londoniens aux dérives improvisées lentes, spirituelles… par-dessus tout captivantes.

 

Certaines « têtes d’affiche » brillent en lettre d’or devant nos yeux de jazz fans - notons la venue dans la même soirée (19 février à Créteil) d’un Tony Allen rendant hommage à Art Blakey et d’un Michel Portal retentant l’expérience de son du très acclamé « Minneapolis » (2001). Et nos âmes de jazz nerds ne pourront que s’enflammer face à la montée en scène le 2 février (espace Jean-Vilar d’Arcueil) de quelques grands monsieurs du free : Jemeel Moondoc en quartet avec Matthieu Shipp, Hilliard Greene et Newman Taylor Baker, ainsi que la onzième formation du projet transatlantique The Bridge dirigé par Alexandre Pierrepont (l'un des artisans parmi d'autres du festival), réunissant ici Daunik Lazro, Joe McPhee, Joshua Abrams, Guillaume Séguron et Chad Taylor… C’est finalement le 20 février à la maison des arts de Créteil - et sur un grand coup de chapeau - que se parachèvera cette édition : Raphaël Imbert featuring Big Ron Hunter/Alabama Slim, Naomi Shelton & The Gospel Queens et enfin The Hypnotic Brass Ensemble…

Toutes ces promesses de soirées musicales de haute tenue ne doivent pas faire oublier que le festival cultive sa différence hors de la scène, en mettant en avant des interactions multiples avec le public, sous forme d'ateliers et de conférences divers, où tout un chacun pourra y trouver son compte, tant Sons d'Hiver propose à la fois des introspections de spécialistes sur les musiques qui nous touchent, comme des événements ouverts à tous pour découvrir sous tous les angles la richesse des cultures à l'origine de ce foisonnement musical. Du beau monde - pour peu, j’en deviendrais un guérillero du « publi-rédactionnel ».

Alexandre Lemaire

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